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Obama a réinventé la politique américaine
Badges du nouveau président américain Barack Obama, à Chicago, le 5 novembre 2008 (© AFP - Jewel Samad)
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WASHINGTON (AFP) - Barack Obama a fait exploser les barrières du racisme, de la logique et des prévisions dans sa quête héroïque de la Maison Blanche, en redéfinissant tant la carte électorale que la forme même d'une élection présidentielle aux Etats-Unis.
Le sénateur de l'Illinois a mis sa campagne en route il y a deux ans avec l'objectif de combattre la médiocrité de la politique américaine moderne: les luttes partisanes et les divisions créées de toutes pièces qui ont entaché les deux mandats du président Bush.

De nombreux observateurs estimaient que ce jeune sénateur, élu alors depuis à peine deux ans, n'avait aucune chance de l'emporter, mais Barack Obama a fait le pari que l'Amérique était prête à suivre celui qui transformerait la manière de diriger le pays.

Répété comme une litanie, le thème du "changement" prôné par M. Obama a parfaitement pris, alors que le président sortant battait des records d'impopularité. Il a convaincu l'électorat que son adversaire John McCain n'était qu'un clone du sortant George W. Bush.

Ce faisant, le premier Noir à conquérir la Maison Blanche a réussi à forger autour de lui, dans toutes les couches de la société, un mouvement bien plus solide qu'aucun analyste ne pouvait le prévoir. Le nouveau président est le premier démocrate depuis l'élection de Jimmy Carter en 1976 à engranger plus de 50% des voix lors d'un scrutin présidentiel.

"Il a réinventé la politique", estime Paul Levinson, professeur de sciences politiques à l'université de Fordham à New York, évoquant "une révolution aussi profonde que l'élection de Franklin Roosevelt en 1932 ou celle de John Kennedy en 1960".

Obama s'est toujours voulu consensuel, par delà les différences sociologiques qui séparent les Américains, répétant à l'envi son crédo qui l'a rendu célèbre en 2004: "Il n'y a pas une Amérique de gauche et une Amérique conservatrice, il y a les Etats-Unis d'Amérique. Il n'y a pas une Amérique noire et une Amérique blanche et une Amérique latino ou asiatique, il y a les Etats-Unis d'Amérique... nous ne faisons qu'un".

Un appel à l'unité qui tranche avec la stratégie du camp républicain qui a tendu sous l'ère Bush à diviser les électeurs sur les sujets sociaux comme le mariage homosexuel ou l'avortement.

Son triomphe mardi ne ressemblait pas aux victoires étriquées, voire contestées, remportées par George W. Bush en 2000 et 2004.

"Nous avons pu surmonter nombre de choses que la plupart des gens considéraient comme des barrières infranchissables en politique", analysait à la télévision David Axelrod, responsable de la stratégie de Barack Obama.

Mais c'est à son directeur de campagne, David Plouffe, que le prochain président doit largement sa victoire. Ce dernier a joué un rôle crucial dans la défaite d'Hillary Clinton lors des primaires et dans le remplacement des apparatchiks du parti démocrate par un réseau très actif de militants sur le terrain.

Il l'a ensuite encouragé à faire campagne dans tout le pays pour s'assurer que sa victoire ne soit pas volée par un seul Etat, comme c'est arrivé à Al Gore avec la Floride en 2000 et à John Kerry avec l'Ohio en 2004.

L'une des questions posées par Hillary Clinton pendant les primaires était de savoir si ce sénateur, tout frais dans la vie publique, serait capable de résister à la "politique agressive du camp républicain".

Mais dans le feu de la crise financière et économique, ces assauts n'ont pas atteint leur objectif. Est-ce à dire que celle-ci est tombée à point nommé ? Non, répond Dan Shea, professeur de sciences politiques à l'université Allegheny (Pennsylvanie).

"Quand 80% de la population est convaincue que le pays prend la mauvaise direction et que la popularité du président est en dessous de 30%, le parti au pouvoir en paie le prix", observe-t-il.

Publié le: 05/11/2008 à 17:00:15 GMT Source : AFP
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