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Martine Aubry, l'experte en questions sociales devenue élue de terrain
Martine Aubry le 19 novembre 2008 à Aubervilliers (© AFP/Archives - Stephane de Sakutin)
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LILLE (AFP) - La maire de Lille Martine Aubry, qui affronte Ségolène Royal vendredi pour la direction du PS, experte en questions sociales devenue une infatigable élue de terrain, a reconquis peu à peu un rôle central au sein du PS, dont elle ambitionne aujourd'hui de prendre la tête.
Son triomphe aux dernières municipales (66,5%) et sa brillante élection à la communauté urbaine ont redonné à cette européenne convaincue de 58 ans un souffle qui lui a permis de se lancer avec fougue dans les âpres luttes internes du PS: alors que sa motion d'avant-congrès avait obtenu 24,3% des voix, elle a obtenu 34,7% lors du premier tour.

Après l'avoir défendu dans son livre "Et si on se retrouvait", elle a pour credo, martelé à travers la France: son parti doit "retrouver les valeurs de gauche".

"Il faut retrouver le chemin des manifestations et du mouvement social", a-t-elle ainsi lancé au congrès de Reims, assurant vouloir "défendre les alliances avec les seuls partis de gauche". Une pierre dans le jardin de Ségolène Royal, dont elle souligne que la campagne présidentielle "à l'évidence, n'a pas convaincu les Français", et contre laquelle elle fait preuve de pugnacité, l'accusant de ne pas avoir la même "conception du parti".

La maire de Lille a ainsi abandonné la réserve qu'elle s'était longtemps imposée pour mieux labourer son terrain nordiste, où elle avait d'abord dû essuyer quelques rebuffades. Appelée à Lille en 1995 par le maire et ex-Premier ministre Pierre Mauroy en vue de lui succéder en 2001, alors qu'elle était au faîte de sa popularité au ministère des Affaires sociales, elle n'avait réussi cette mission que difficilement (49,6% des voix au second tour au bénéfice d'une triangulaire).

Avant sa résurgence en 2008, Martine Aubry a connu des déboires avec la fédération nordiste du PS : pour les législatives 2002, elle n'avait pu être investie à Lille même et avait été battue par Sébastien Huyghe contre lequel elle a pris sa revanche aux dernières municipales.

En 2007, elle ne s'était pas portée candidate, faute d'obtenir la circonscription qu'elle convoitait. Elle payait ainsi probablement l'apparition de tensions - depuis largement aplanies - avec Pierre Mauroy.

Ceci ne l'a pas empêchée d'imposer à la tête de Lille son style volontaire. Poursuivant l'expansion économique impulsée par son prédécesseur, elle a apporté une vision nouvelle en misant beaucoup sur le rayonnement culturel. Le renouvellement urbain des quartiers populaires avec le souci du maintien des habitants, illustre aussi une politique que Martine Aubry veut "solidaire".

Son itinéraire au PS et au gouvernement - avec comme point d'orgue les trois années 1997-2000 à la tête d'un super-ministère social sous Lionel Jospin, après une première expérience en 1991-93 - lui a permis de cultiver cette fibre sociale.

Alors qu'elle apparaissait au début de sa carrière comme une énarque proche des milieux patronaux (numéro deux de Pechiney en 1989-91), la fille de Jacques Delors a ensuite été perçue comme la "mère des 35 heures", réforme mise en place en 1998 de façon conflictuelle avec la droite.

La maire de Lille revendique toujours cette mesure, qui lui avait valu le pamphlet de Philippe Alexandre "La dame des 35 heures", qui l'avait à l'époque très affectée. Cette sensibilité est masquée par un caractère direct qui suscite des jugements contrastés: "impatiente, autoritaire et cassante" pour les uns, "simple, généreuse, ouverte" pour les autres, qui louent son "contact facile".

Publié le: 21/11/2008 à 07:44:24 GMT Source : AFP
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