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Dossiers » 40e anniversaire de Mai 68 Dossiers » 40e anniversaire de Mai 68
"Liquider Mai 68", une idée aussi vieille que Mai 68
Lors d'un discours à Montpellier le 3 mai 2007, Nicolas Sarkozy affirme qu'il reste "deux jours pour dire adieu à l'héritage de Mai 68" (© AFP - Pascal Guyot)
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PARIS (AFP) - "Liquider l'héritage de Mai 68": bien avant la diatribe du candidat Sarkozy durant la campagne présidentielle, l'idée d'en finir avec les idées du Mouvement de mai a agité intellectuels et politiques, à droite comme à gauche. Avec une ardeur renouvelée ces dernières années.
"Je propose aux Français de rompre réellement avec l'esprit, avec les comportements, les idées de mai 68 (...) de rompre réellement avec le cynisme de mai 68", avait déclaré le futur chef de l'Etat à la veille du scrutin.

Mais l'idée est vieille... comme Mai 68, puisque la pensée anti-68 s'est développée à chaud, en même temps que les grèves et les manifestations.

A droite, 68 est souvent synonyme d'anarchie et de destruction des valeurs morales. Mais les critiques radicales du mouvement étudiant n'ont pas manqué à gauche, où certains voient dans Mai 68 le triomphe du libéralisme.

Le philosophe Raymond Aron a incarné le premier l'opposition intellectuelle aux idées de Mai. Gaulliste fervent, il n'en a pas moins dénoncé les tares d'une société bloquée et d'un système politique à bout de souffle à l'origine de l'explosion.

A gauche, les intellectuels et la presse du PCF ont dégainé contre ces "gauchistes" qui faisaient "le jeu de la réaction". Et Régis Debray, l'ancien compagnon de Che Guevara, ironise en 1978 sur "ce psychodrame anar", qui préparait, selon lui, l'américanisation de la France.

"A droite comme à gauche, on voit souvent réapparaître la thèse paradoxale que les acteurs de mai 1968 ont joué un rôle clé dans le déploiement du capitalisme à la fin des années 1970, en faisant sauter le dernier verrou qui limitait le plein essor de la marchandisation du monde: celui des valeurs traditionnelles", écrit l'universitaire Serge Audier dans "La pensée anti-68" (La Découverte) à paraître mi-mars.

Plus que sur les acquis sociaux, c'est sur la perte des valeurs morales, le "jeunisme", l'égoisme supposé de la génération 68, que les attaques perdurent. Avec l'éducation, l'école héritée de mai 68, comme cible privilégiée.

En 1985, Luc Ferry publie, avec Alain Renaut, un livre intitulé "La pensée 68", dans lequel il remet brutalement en cause une partie de la production intellectuelle de l'époque. Devenu ministre de l'Education nationale, il fustigera notamment les manuels scolaires "ridiculement formalistes" et prétentieux comme "un héritage lourd du +modernisme+ de la +pensée 68+".

Nicolas Sarkozy se situe sur le même terrain quand il dénonce en avril 2007 ces "héritiers de 68" qui ont "cherché à faire croire que l'élève valait le maître, qu'il ne fallait pas mettre de notes pour ne pas traumatiser les mauvais élèves, et que surtout il ne fallait pas de classement".

Il ne fait alors qu'emboîter le pas à une ribambelle d'essayistes et de pamphlétaires très "anti-68", depuis le début des années 2000.

Déclin: le mot est ainsi lâché en 2003 à propos de "La France qui tombe" de l'influent Nicolas Baverez, pour qui "le refus de la sélection a débouché sur la dévalorisation des diplômes et l'explosion de l'analphabétisme".

L'héritage est miné de toutes parts. Même le vieux slogan "Jouissez sans entrave" a du plomb dans l'aile. "Il est piquant de constater que cette +libération sexuelle+ a parfois été présentée sous la forme d'un rêve communautaire, alors qu'il s'agissait en réalité d'un nouveau palier dans la montée historique de l'individualisme", constate amèrement Michel Houellebecq, catalogué par certains "néo-réac" à cause de sa vision critique de 68.i

Publié le: 22/03/2008 à 07:25:01 GMT Source : AFP
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