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La libéralisation du marché énergétique entraîne paradoxalement les fusions
Le logo d'Endesa, qui a été cible de plusieurs OPA (© AFP/Archives - Jose Luis Roca)
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MADRID (AFP) - La libéralisation du marché européen de l'énergie connaît son point d'orgue au moment où paradoxalement les groupes du secteur cherchent à se concentrer, aidés parfois par la volonté des Etats de se constituer des champions nationaux dans ce secteur stratégique.
En quelques mois, plusieurs grandes opérations ont vu le jour, notamment en Espagne, où l'électricien Endesa a été la cible de plusieurs OPA en provenance de différents pays, et où Iberdrola a acheté le britannique Scottish Power.

En France, Suez et Gaz de France tentent depuis plus d'un an de fusionner sous les auspices du gouvernement, sans grand succès, et aux Pays-Bas, les deux premiers opérateurs Essent et Nuon essayent de convoler.

"C'est un effet inattendu de la dérégulation" explique Colette Lewiner, directrice énergie du cabinet CapGemini.

Les gros opérateurs ont accumulé énormément d'argent, et comme "ils ont peur de perdre des parts de marché chez eux du fait de la dérégulation, ils veulent en gagner ailleurs", ajoute-t-elle.

Et le mouvement se perpétue parce que la Commission européenne impose ensuite à ces groupes des cessions d'actifs lorsqu'ils arrivent dans un nouveau pays, alimentant les opérations de rachats. Ainsi, l'espagnol Acciona et l'italien Enel vont prendre le contrôle d'Endesa, puis en vendre des actifs à l'allemand EON.

De même, Suez et Gaz de France ont dû se résigner à vendre d'importants actifs en Belgique pour voir leur projet de fusion validé par la Commission.

Mais la boulimie de croissance des grands groupes s'explique aussi par la structure du marché énergétique.

Celui-ci est très peu élastique: la demande ne varie pas en fonction du prix de vente, car l'énergie est un bien indispensable. Et le pouvoir est entre les mains du producteur, notamment parce que le stockage en aval de la chaîne de production par des commercialisateurs est très difficile, voir impossible.

"Structurellement, l'ouverture ne peut conduire qu'à des concentrations, car le producteur doit avoir le plus grand pouvoir de marché possible pour peser sur les prix", selon Patrick Larradet, administrateur salarié du réseau de transport d'électricité français (RTE).

Mais aux actions décidées par les groupes s'ajoutent celles des gouvernements des Etats-membres. Ils facilitent les opérations, quand ils ne sont pas directement aux manettes, pour donner naissance à des champions nationaux.

Le gouvernement français s'était ainsi lourdement impliqué dans le processus de fusion de Suez et Gaz de France. Madrid a lutté becs et ongles pour tenter de garder Endesa espagnol, au grand dam de la Commission.

Cette dernière doit de plus faire face à l'opposition de certains Etats sur des sujets de fond, comme celui du statut des réseaux de transport d'électricité ou de gaz (les tuyaux de gaz et les importantes lignes électriques).

Bruxelles estime qu'il est indispensable de les rendre totalement indépendants des opérateurs historiques, comme du français EDF.

Selon elle, cela les empêchera de bloquer l'arrivée de nouveaux opérateurs en les gênant dans l'acheminement de l'énergie.

Mais plusieurs pays importants de l'UE, comme la France et l'Allemagne, sont hostiles à ce découpage vertical des opérateurs historiques qui les prive de pouvoir et de revenus.

Pour Mme Lewiner, "tout le monde croit à l'Europe sur le papier, mais dans le même temps, comme l'énergie est stratégique, les Etats membres veulent leur champion national pour mieux la contrôler. Ils ne sont pas prêts à confier leur politique énergétique à l'Europe".

Pas tous cependant: huit pays, parmi lesquels l'Espagne et la Grande-Bretagne, ont demandé cette semaine à la Commission de maintenir sa politique et d'ordonner le découpage de ces grandes compagnies, comme EDF, EON ou l'italien Eni.

Publié le: 29/06/2007 à 13:48:37 GMT Source : AFP
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