Ken Loach, un cinéaste néo-réaliste partisan d'un cinéma engagé
CANNES (AFP) - Ken Loach, couronné dimanche soir à Cannes par la Palme d'or pour "Le vent se lève", est un cinéaste engagé et l'un des fondateurs la vague néo-réaliste britannique.
C'est le quatrième prix remporté sur la Croisette par Ken Loach, qui avait déjà remporté deux fois le Prix du Jury en 1993 pour "Raining stones" et en 1990 pour "Hidden agenda" et une fois le Prix du Scénario en 2002 pour "Sweet sixteen".
Le réalisateur, qui fêtera ses 70 ans le 17 juin, est d'ailleurs un habitué du festival de Cannes, où il a présenté en tout 13 films, dont huit en compétition.
Fils d'un responsable du service entretien d'une usine, le jeune Ken Loach, après deux ans dans l'armée de l'air, part à Oxford étudier le droit, puis devient comédien et assistant metteur en scène au Northampton Repertory Theater.
Il devient aussi l'un des pionniers de la fiction basée sur des évènements réels pour la télévision. En 1968, il transpose son téléfilm "Pas de larmes pour Joy" au cinéma, devenant ainsi l'un des fondateurs de la vague néo-réaliste britannique avec Mike Leigh, Mark Herman et Stephen Frears.
Observateur du réel, le cinéaste cherche pour chacun de ses films à capter un contexte social ou politique. Ken Loach brosse aussi bien le portrait d'un père qui n'arrive pas à payer une robe de communion pour sa fille ("Raining stones") que d'un ancien alcoolique dans un quartier difficile de Glasgow ("My name is Joe").
Ken Loach aime également se plonger dans l'Histoire. C'est dans cette optique qu'il traite de la guerre d'Espagne dans "Land and freedom" et du Nicaragua sandiniste dans "Carla's song".
Le réalisateur n'hésite d'ailleurs pas à mettre les pieds dans le plat. Il a ainsi déclaré à Cannes à propos de la guerre en Irak : "C'était une guerre illicite, qui va à l'encontre des conventions de Genève, de la charte des Nations Unies et qui est basée sur des mensonges. C'est indéfendable".
Autre déclaration peu amène prononcée à Cannes sur l'Occident et son histoire : "C'est fascinant la manière dont les empires réécrivent l'histoire, a-t-il estimé. On oublie par exemple que Christophe Colomb a combattu les Indiens d'Amérique".
Mais l'univers de prédilection du réalisateur reste le monde du travail. Avec "Riff raff", il s'intéresse aux travailleurs précaires de Londres. Dans "Bread and roses" (2000), il décrit la vie du personnel de nettoyage d'un grand hôtel de Los Angeles et dans "The Navigators" (2001) les conditions de travail des cheminots anglais à l'heure de la privatisation des chemins de fer.
En 2002, Ken Loach revient à Cannes avec "Sweet sixteen". Après ce portrait d'un adolescent sans le sou, prêt à tout pour reconstruire sa famille, il dépeint, à travers le drame sentimental "Just a kiss", une histoire d'amour entre un émigré pakistanais et une enseignante catholique.