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Dossiers » Tunisie: la fin de l'ère Ben Ali Dossiers » Tunisie: la fin de l'ère Ben Ali
Les journalistes tunisiens prennent le pouvoir dans les rédactions
Des Tunisiens se ruent sur les journaux pour connaitre les derniers développement de la révolution, à Tunis le 18 janvier  2011 (©  - Fethi Belaid)
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TUNIS (AFP) - Les journalistes tunisiens, bâillonnés sous le régime du président déchu Zine El Abine Ben Ali, mènent leur propre "Révolution du jasmin" en s'emparant de la ligne éditoriale dans les rédactions, sans pour le moment exiger le départ de leur direction.
Phénomène sans précédent, des comités de rédaction se sont formés dans les médias d'Etat, les journaux privés réputés proches de l'ancien régime et jusque dans ceux de l'ancien parti au pouvoir, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), dont la rue réclame la dissolution.

"C'est nous qui décidons désormais de la ligne éditoriale", a déclaré à l'AFP Faouzia Mezzi, journaliste de La Presse, un titre prestigieux qui, sous Ben Ali, était passé totalement aux ordres de son entourage.

"On a constitué deux comités de rédaction, l'un pour La Presse et l'autre pour Essahafa", quotidien du même groupe en arabe, explique Mme Mezzi, ajoutant que le président directeur général du groupe a été confiné pour le moment au rôle de celui qui "signe les chèques" pour assurer la marche de l'entreprise.

Le premier signe du changement dans les médias est apparu dans la nuit qui a suivi la fuite vendredi de Ben Ali, avec la disparition du logo "Tunis7" sur l'écran de la télévision publique qui renvoie au 7 novembre 1987, date à laquelle l'ancien président a pris le pouvoir.

"Télévision nationale", proclame le nouveau logo, sur fond rouge et blanc, les couleurs nationales.

Le ton a totalement changé depuis cette date sur la chaîne publique, qui donne désormais la parole aux anciens opposants et aux gens dans la rue, et organise même des débats!

Hermétique, elle était honnie en cachette par les Tunisiens car elle chantait à longueur de journée les mérites du régime. La population était en permanence branchée sur les télévisons satellitaires arabes.

Mais certaines habitudes ont la vie dure comme le fait de respecter l'ordre protocolaire au principal journal du soir. Mardi soir, la première information concerne le président par intérim, Foued Mebazaa, qui reçoit un message du président algérien Abdel Aziz Bouteflika.

"Aucune censure ne s'excerce aujourd'hui", indique Karima, une journaliste du service des informations de la radio publique RTCI mais "nous filtrons les informations en tentant de vérifier les faits. L'équipe de direction est là, mais elle nous laisse faire notre travail de journalistes".

Même son de cloche au groupe de presse proche de l'ancien pouvoir Maison Al-Anouar, qui a quatre titres. Les directeurs de l'information ont disparu mais les journalistes continuent de travailler, indique Chokri Baccouche, rédacteur en chef adjoint de l'un de ces titres.

A l'agence officielle TAP, après un moment de flottement, la rédaction a pris les choses en main, tout en gardant le PDG.

La prise de pouvoir s'est également effectuée à Radio Mosaïque FM, qui appartenait à des proches de Ben Ali.

"Nous avons décidé de prendre en main la ligne éditoriale de la radio pour qu'elle transmette la voix des Tunisiens quelles que soient leurs sensibilités et leur appartenance", ont annoncé dans un communiqué les cadres, les journalistes et les employés de cette station.

Le gouvernement de transition a annoncé "la liberté totale" de l'information et aboli le ministère de la Communication, l'organe de propagande et de censure de l'ancien régime.

Des journalistes disent savourer la nouvelle liberté, avec un sens de la responsabilité. "Je sens que le rôle des journalistes dans la période qui s'ouvre est d'informer tout en préservant cette révolution contre les dérives et les usurpateurs", souligne l'un d'eux Mahmoud Hosni.

Publié le: 19/01/2011 à 16:40:59 GMT Source : AFP
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