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Les jeunes Italiens, champions de l'antipolitique, tentés par l'abstention
Affiches électorales déchirées le 11 avril 2008 à Rome (© AFP - Alberto Pizzoli)
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ROME (AFP) - Des millions de jeunes Italiens, confrontés à la précarité malgré de longues années d'études, sont tentés par l'abstention aux élections des 13 et 14 avril et sont devenus des champions de l'antipolitique bien que les partis les aient placés au coeur de leurs programmes.
"La classe politique se présente aujourd'hui avec un carnet riche de propositions électorales pour les jeunes, le marché du travail, l'université: un vrai menu des désirs. Mais les jeunes sont désabusés par une classe politique qui ne sait pas s'adresser à eux", écrivait récemment le sociologue Carlo Carboni dans le quotidien économique Il Sole 24 Ore.

Battant des records en termes de chômage, de précarité de l'emploi et de problèmes de logement, les moins de 30 ans semblent particulièrement touchés par le malaise que ressentent les Italiens à l'égard de leurs institutions et leur classe politique.

Récemment, une gaffe du chef de la droite Silvio Berlusconi, qui a suggéré à une étudiante de 24 ans de "se trouver un millionnaire" pour sortir de la précarité a suscité un tollé, révélant l'ampleur de la colère des jeunes Italiens et le fossé qui les sépare de leurs élus.

"La gauche n'a rien fait pour nous durant ses deux années au pouvoir, et Berlusconi fait preuve d'une ignorance choquante. J'ai enfin compris que dans ces élections, le +moindre mal+ n'existe pas. Je ne voterai pas", a réagi sur son blog intitulé "Génération mille euros" Rossella, 28 ans, diplômée en communication qui raconte cumuler les contrats d'intérim pour 900 euros mensuels.

Comme elle, près de 40% des 18-34 ans affirment qu'ils n'iront probablement pas ou certainement pas voter et 30% se disent indécis, selon un sondage de l'institut Ipr Marketing.

Aujourd'hui au chômage après avoir cumulé stages et jobs de serveuse ou de vendeuse pour moins de 700 euros par mois, Ombretta, 31 ans, diplômée en arts du spectacle, déclare à l'AFP "ne pas encore savoir pour qui voter".

N'ayant pas droit à une allocation chômage car elle a toujours été payée au noir, elle va sûrement être contrainte de retourner vivre chez ses parents d'ici l'été car elle ne peut plus payer son loyer de 450 euros pour une collocation dans un 50 m2 à Rome.

Beaucoup de jeunes ne peuvent pas prendre leur indépendance et la majorité des Italiens de moins de 30 ans vit chez ses parents, selon l'Institut des statistiques (Istat) italien.

Seulement un tiers des moins de 40 ans qui sont nouvellement embauchés le sont en contrat à durée indéterminée, selon les économistes Tito Boeri et Vincenzo Galasso, auteurs de l'ouvrage "Contre les jeunes: comment l'Italie trahit les nouvelles générations".

En outre, alors que le taux de chômage en Italie a chuté à 6,1% en 2007, celui des moins de 25 ans a augmenté, passant de 22,6% en 2006 à 23,2% en 2007, selon l'Istat.

La lutte contre le chômage des jeunes et la précarité figurent en bonne place dans les programmes du parti du Peuple de la Liberté (PDL, droite) de Silvio Berlusconi (71 ans) et du Parti démocrate (PD, centre-gauche) de Walter Veltroni (52 ans), qui ont choisi de présenter de nombreux candidats âgés de moins de 40 ans et souligné l'importance d'un renouvellement des générations.

"J'admets que la gauche, comme la droite, ont fait des efforts. Mais il ne suffit pas de présenter des jeunes sur ses listes pour gagner nos voix", souligne Ombretta.

"Ils parviendront à nous reconquérir s'ils replacent au coeur de leur action le civisme, la lutte contre la criminalité et la corruption, deux fléaux qui minent ce pays et nous empêchent d'avoir foi en l'avenir", conclut-elle.

Publié le: 12/04/2008 à 09:47:57 GMT Source : AFP
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