| A l'hôpital de Yogyakarta, on se pousse pour ne pas écraser les gisants |
| YOGYAKARTA (AFP) - Mort, vivant? Personne se semble savoir. En tout cas, Sutiwiono gît sans bouger sur le sol souillé et humide d'une allée sombre de l'hôpital Sardjito de Yogyakarta. Les gens se bousculent autour de son matelas mais, miraculeusement, personne ne lui marche dessus. |
Les choses ne sont que légèrement différentes pour la plupart des 1.600 autres patients traités à l'hôpital, après le violent séisme qui a tué environ cinq mille personnes sur l'île indonésienne de Java.
Selon ses responsables, l'établissement fait de son mieux en dépit d'un manque flagrant d'infirmières, de médecins, de médicaments et la peur qu'éprouvent nombre de rescapés traumatisés à l'idée de rester dans un immeuble.
"Même les plus éduqués ont peur", raconte Sutaryo, pédiatre responsable de l'équipe chargée de gérer l'afflux des patients. "C'est un réel problème. Nous n'avons pas assez d'espace".
Résultat: le labyrinthe de couloirs externes qui relient les différentes ailes de l'hôpital a été transformé en abris de fortune pour des malades comme Sutiwiono, 78 ans, qui, comme beaucoup d'Indonésiens, n'utilisent qu'un seul nom. Ils sont allongés en rang d'oignons sur des matelas, le personnel médical pansant leurs plaies.
Pour se protéger de la pluie, il n'a suspendu au-dessus de sa tête qu'un seul sarong, cette pièce d'étoffe typique que les Indonésiens s'enroulent à la manière d'une jupe autour de la taille.
"Nous avons peur des répliques. Mieux vaut rester dehors", lance son fils, Soryono, 35 ans, tandis qu'il ajuste l'intraveineuse de son père. La fille de Soryono, âgée de 12 ans, tout comme sa mère, sont mortes dans la catastrophe.
"C'est arrivé d'un seul coup, vers 05H30. Nous venions de nous réveiller et la maison s'est effondrée", raconte Soryono.
L'hôpital était en partie préparé à affronter une catastrophe de ce type, en raison en particulier de la proximité du Merapi, le volcan dont les scientifiques craignent depuis de longues semaines l'éruption.
"Mais c'est encore un problème car nous avions estimé le nombre des patients à seulement 300", raconte Sutaryo.
Seuls 20% des infirmières et 40 à 50% des médecins sont venus travailler, la plupart devant venir en aide à leur propre famille. "La première chose dont nous avons besoin, ce sont des infirmières. Il nous en faut absolument", explique Sutaryo. "Pour l'instant, des infirmières étudiantes nous donnent un coup de main".
Tatur Rus Wulandari en fait partie. A 22 ans, l'étudiante se prépare à affronter une nouvelle nuit parmi les cartons d'aide, remplis de nouilles instantanées, d'eau portable, de pain et de sucreries. Avec d'autres étudiants, elle surveille les malades et répondent à leurs besoins.
"Je suis contente d'apporter mon aide. On ne ressent pas la fatigue", dit-elle dans un sourire.
Des médecins d'autres villes indonésiennes se sont également portés bénévoles, tout comme des habitants et des membres de la Croix-Rouge. Mais l'hôpital a besoin de plus de médecins. "C'est extrêmement important", explique Sutaryo.
L'hôpital a également besoin de vaccins antitétanos, d'antiseptiques, d'antibiotiques et d'antidouleurs, ajoute-t-il.
Wulandari, étudiant en technologie agricole à l'Université Gajah Mada de Yogyakarta, raconte comment des bénévoles d'autres campus ont fabriqué des brancards de bambou et les apportent à l'hôpital.
On les voit transportant les patients sur leurs brancards artisanaux, tentant de se frayer un chemin dans les corridors de l'établissement parmi les malades étalés par terre.
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| Publié le: 29/05/2006 à 09:22:54 GMT |
Source : AFP |
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