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Dossiers » 40e anniversaire de Mai 68 Dossiers » 40e anniversaire de Mai 68
Grimaud, préfet de police en 68, a eu le "souci d'éviter les dérives"
Le 8 mai 1968 à Paris, le préfet de police Maurice Grimaud (C) inspecte les forces de l'ordre stationnées au Quartier Latin (© AFP/archives)
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PARIS (AFP) - Maurice Grimaud, préfet de police de Paris en 1968, confie, dans une interview, ne avoir "eu le souci d'éviter" les "dérives", lors des événements du printemps, sans pour autant avoir "jamais vraiment" redouté que les étudiants "prennent le pouvoir par la force".
QUESTION: On vous a présenté comme le préfet qui "évita le bain de sang" en 1968 ...

REPONSE: C'est réducteur. L'absence de morts à Paris, ou la quasi absence - il y a eu un mort le 24 mai -, comparé à ce qui se passait partout ailleurs (40 à Détroit aux USA en 1967, 200 à Mexico en 68 sans parler de la répression du printemps de Prague) tient à trois facteurs.

D'abord la longue expérience des troubles dans la ville-capitale depuis la création par Bonaparte, au sortir des excès de la Révolution, d'une préfecture de Police (PP) destinée à en éviter le retour.

Ensuite l'unité de commandement exercée par les très expérimentés "commissaires de la Ville de Paris" sur les diverses forces de l'ordre mises à la disposition du préfet de Police (compagnies d'intervention, CRS, gendarmes mobiles).

Enfin, la formation très poussée de ces trois armes, entraînées à faire face aux affrontements violents. Rien de tel dans les pays cités plus haut.

Pour ma part, j'eus surtout à veiller à ce que la police parisienne ne cède pas aux tentations venues de deux côtés opposés: sur sa droite celle des tenants de la manière forte, sur sa gauche la tentation des plus jeunes policiers à trop écouter les appels des jeunes contestataires.

Q: Dans votre dernier livre ("Je ne suis pas né en mai 68", Ed. Tallandier), vous livrez votre agenda écrit en 1968. Le 17 mai, vous notez après une réunion avec le Premier ministre: "ne rien faire qui puisse amener étudiants et ouvriers à manifester" ensemble, "nous n'avons pas les moyens de faire face". L'Etat était-il à ce point acculé ?

R: Je n'eus jamais vraiment la crainte que les étudiants prennent le pouvoir par la force. Le vrai danger fut lorsque se généralisèrent les grèves inégalement encadrées par les syndicats. Une action révolutionnaire commune aurait constitué un redoutable péril avec le risque d'avoir à recourir aux moyens extrêmes par les forces de l'ordre, ce qu'il fallait à tout prix éviter. C'était l'analyse du Premier ministre qui trouva dans les syndicats traditionnels, et d'abord la CGT, des interlocuteurs partageant ces craintes de débordement.

Q: "Frapper un manifestant tombé à terre c'est se frapper soi-même", avez-vous dit le 29 mai aux forces de l'ordre. Cette "doctrine" a-t-elle été la clé de votre succès ?

R: J'ai dis plus haut mon souci d'éviter ces dérives. C'est parce que la grande majorité des cadres et syndicats partageaient ma conception d'une répression contrôlée et ne voulaient pas voir le retour des excès d'un récent passé (octobre 1961, février 1962 durant la guerre d'Algérie) que l'on évita le pire. Je savais pouvoir compter sur l'appui du principal syndicat de base de la PP, le SGP (avec son leader Gérard Monate) et sur celui des CRS, alors que mon prédécesseur était entré en conflit ouvert avec le SGP et avait obtenu la révocation de son secrétaire général.

Publié le: 22/03/2008 à 07:25:01 GMT Source : AFP
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