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Géorgie: les médias russes ont aussi gagné la guerre
Le président géorgien Mikheil Saakashvili lors d'une conférence de presse à Tbilissi le 17 août 2008 (© AFP - Vano Shlamov)
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MOSCOU (AFP) - Témoignages émouvants enfonçant Tbilissi, images du président géorgien Mikheïl Saakachvili mâchant, désemparé, sa cravate, enquêtes sur des "trucages" de chaînes américaines: les médias russes se sont montrés très efficace dans leur couverture de la crise géorgienne.
Des spots savamment montés, alternant en quelques secondes ruines, visages en pleurs et chars russes, "font monter le patriotisme et ont déjà convaincu, même les jeunes, connus pour leur apolitisme", constate Irina Petrovskaïa, experte indépendante des médias, interrogée par l'AFP.

Les téléspectateurs russes aiment bien voir Mikheïl Saakachvili fuir, l'air effrayé, après l'apparition dans le ciel d'un appareil suspect, lors d'un déplacement dans la zone du conflit. Surtout quand la chaîne NTV montre cet épisode au ralenti, pour qu'on puisse l'entendre mieux lancer en anglais à un responsable occidental (le ministre des Affaires étrangères français Bernard Kouchner) qui se trouvait avec lui: "let's move away!" ("partons d'ici").

Sur les chaînes russes Saakachvili parle d'ailleurs plus souvent anglais que géorgien, preuve de sa "connivence" avec les Américains.

"La guerre d'information a été déclenchée avec les premières salves géorgiennes sur Tskhinvali" la capitale du territoire séparatiste d'Ossétie du Sud, constate le patron de Pervyi Kanal, l'une des trois principales chaînes russes, Konstantin Ernst.

"Ce qui nous a indigné le plus, c'était de voir les télévisions étrangères reprendre nos images pour les interpréter à l'opposé, comme celles de Tskhinvali bombardée par les Géorgiens, diffusées avec le bandeau affirmant: 'Les Russes ont agressé la Géorgie", dit-il à l'AFP.

Ou bien "les ruines de Tskhinvali filmées par nos correspondants et diffusées sur CNN pour illustrer... les bombardements russes sur Gori", une ville géorgienne à 30 kilomètres de la capitale ossète, affirme-t-il.

Ou encore cette émission de la chaîne américaine Fox dont l'animateur interrompt l'interview d'une jeune femme d'origine ossète dès qu'elle dit que ce sont les Géorgiens qui ont bombardé Tskhinvali, pas les Russes.

"Ce n'est que deux ou trois jours après le début du conflit, qu'un analyste américain a reconnu sur CNN que c'était Tbilissi qui avait commencé la guerre", dit M. Ernst.

"Le droit était du côté des Russes, au moins au début du conflit, voilà pourquoi la couverture russe a été convaincante, au moins à l'intérieur du pays", explique à l'AFP Alexeï Venediktov, rédacteur en chef de la radio Echo de Moscou, généralement très critique envers le Kremlin.

"Pour moi, Saakachvili, qui a tiré des roquettes sur sa propre population est le vrai coupable, même si la réponse russe n'a pas toujours été irréprochable", ajoute-t-il.

Les principaux "communicants" russes dans cette guerre, le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et le chef-adjoint d'état-major Anatoli Nogovitsyne, omniprésents sur les petits écrans russes, "assurent une couverture très professionnelle, même si son efficacité est limitée à l'usage interne" en Russie, selon M. Venediktov.

M. Lavrov, dont les talents médiatiques sont unanimement reconnus, considère toutefois que la Russie a encore beaucoup à apprendre du "modèle" américain.

"Nous sommes des enfants, en matière d'utilisation des médias, tout simplement des enfants, mais nous étudions les leçons données par nos aînés (américains, ndlr) en la matière, qui ont accumulé une longue expérience d'utilisation du quatrième pouvoir", a dit cet ancien ambassadeur russe à l'ONU, qui a longtemps vécu aux Etats-Unis.

Publié le: 19/08/2008 à 08:04:40 GMT Source : AFP
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