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France: un fonds public pour protéger les entreprises stratégiques
Le président français Nicolas Sarkozy à Argonay le 23 septembre 2008 (© AFP - Fred Dufour)
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PARIS (AFP) - Le "fonds public d'intervention" annoncé jeudi par le président français Nicolas Sarkozy, sorte de fonds souverain à la française, sera destiné à protéger les entreprises stratégiques du pays mais avec un financement qui reste à préciser.
"Ce que les producteurs de pétrole font, ce que les Chinois font, ce que les Russes font, il n'y a pas de raison que la France ne le fasse pas au service d'une politique industrielle digne de ce nom", a déclaré le président devant des chefs d'entreprises à Annecy (centre-est).

Il ne s'agit pourtant pas de créer un "fonds souverain" à proprement parler, précise-t-on à l'Elysée, en soulignant que ces fonds développés principalement dans les pays émergents s'appuient sur des excédents budgétaires - que la France n'a pas - et sont plutôt destinés à gérer les avoirs extérieurs des Etats.

Le nouveau fonds français, qui doit être créé avant la fin de l'année, sera lui destiné à soutenir les entreprises hexagonales qui seraient en difficulté face à la crise, a expliqué M. Sarkozy. Il s'agira "de stabiliser des entreprises qui pourraient être des proies pour les prédateurs", a-t-il dit.

Le fonds serait aussi chargé d'investir sur le long terme pour financer "des projets industriels et novateurs", en prenant notamment des participations dans les entreprises stratégiques, petites ou grandes. Les secteurs de l'automobile, des technologies ou de l'aéronautique mais aussi les entreprises menacées de délocalisation seraient prioritaires, explique-t-on à l'Elysée.

Mais la doctrine d'intervention et les moyens de financements restent "à construire", a-t-on souligné de même source.

La Caisse des dépôts (CDC) sera chargée de gérer ce fonds de manière "plus active, plus offensive, plus mobile", a souligné M. Sarkozy.

Une partie de ses ressources sera trouvée "en empruntant sur les marchés", a aussi indiqué M. Sarkozy, assurant que "cet endettement ne creusera pas les déficits, car il aura pour contrepartie l'actif des entreprises au capital desquelles le fonds sera entré".

La nouvelle structure pourra aussi s'appuyer sur les moyens propres de la CDC, et profiter d'apports publics ou privés, y compris venant de l'étranger, a-t-on ajouté à l'Elysée.

"C'est un instrument de politique industrielle, mais il faut faire très attention de ne pas repasser à une économie nationalisée", a souligné Jean Arthuis, président de la commission des Finances du Sénat (centriste).

M. Sarkozy "tourne autour de cette idée de fonds souverain français" depuis très longtemps, a remarqué de son côté Elie Cohen, directeur de recherches au CNRS.

Début juillet, le chef de l'Etat avait déjà déclaré son "intention de faire de la Caisse des dépôts un fonds souverain". Le 21 octobre, il se prononçait en faveur de la création en Europe de tels fonds, qui, coordonnés, permettraient "d'apporter une réponse industrielle à la crise" économique.

"Dans son esprit, le fonds souverain français doit servir à protéger des entreprises françaises et éventuellement donner un droit de regard de l'Etat sur les stratégies de ces entreprises, (...), et donc il se sert de la crise actuelle pour avancer ses pions", a jugé M. Cohen.

Mais dans ce cas "ce n'est plus la peine de parler de fonds souverain, il faut simplement dire qu'on veut protéger le capitalisme autochtone, qu'on veut prendre des dispositifs de protectionnisme financiers", a-t-il ajouté.

Un sentiment partagé par l'Allemagne, qui n'a pas caché son agacement devant les propositions du président français.

Publié le: 23/10/2008 à 16:40:21 GMT Source : AFP
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