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Dossiers »  Tunisie: l'après Ben Ali Dossiers » Tunisie: l'après Ben Ali
La fin d'un dictateur sur scène à Evry, pièce prémonitoire de deux Tunisiens
Un manifestant tient une pancarte "Sur les pavés, le jasmin", le20 janvier 2011 à Tunis (©  - Martin Bureau)
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EVRY (AFP) - En pleine "révolution du jasmin", le Familia Théâtre de Tunis jouait "Amnesia" vendredi soir à Evry, sa pièce qui raconte la chute d'un responsable politique dans un régime autoritaire. Plus qu'un écho à l'actualité.
L'homme apprend son limogeage à la télévision: à travers sa descente aux enfers, Fadhel Jaïbi et Jalila Baccar, auteurs de la pièce, se livrent au "démontage des rouages du pouvoir" dans une "république dattière". "C'est l'oppresseur oppressé", s'amuse Fadhel Jaïbi.

Un écho à l'actualité "tellement juste", commentaient vendredi soir, à l'issue du spectacle Gaël Octavia, 33 ans et Luc Clémentin, 47 ans, qui ont trouvé "très touchant de voir (la compagnie) là ce soir".

Tarek Melliti, 35 ans, Tunisien, a vu quasiment toutes les pièces du couple. Lui aussi souligne l'incroyable actualité d'"Amnesia", écrite il y a presque un an: "Elle prend une autre dimension. Je ne sais pas si ils ont retouché le texte?"

La compagnie arrive de Tunis, où elle a participé aux événements qui ont précipité la chute du régime. Notamment aux manifestations du 11 janvier, violemment réprimées.

"Nous avons eu, par le ministère de la Culture, les excuses du chef d'Etat pour ce qui est arrivé. Pour nous rassurer", raconte Fadhel Jaïbi.

Sa compagne Jalila Baccar s'est ensuite vu proposer le ministère de la Culture dans le gouvernement de transition mis en place immédiatement après le départ de Ben Ali, le 14 janvier. Elle a refusé.

Créée en avril 2010, la pièce est "décalée, en deçà de la réalité", reconnaît l'artiste tunisien avant d'ajouter: "Mon grand regret, c'est que le peuple soit absent dans mon coup d'Etat!"

Pour lui, être en France alors que tombe le gouvernement contre lequel sont dirigées les pièces de sa compagnie a quelque chose de frustrant.

"Extrêmement frustrant, un arrachement", note-t-il, ajoutant qu'à leur retour en février, "si la situation le permet", la compagnie montera de nouveau sur les planches à Tunis.

Pour jouer "Amnesia" en Tunisie, le ministère de la Culture avait fait patienter la troupe un mois, avant de délivrer l'autorisation. "Ils nous ont demandé des coupes (dans le texte), nous avons été irréductibles. Nous avons enlevé des petites bribes tout à fait ridicules".

Pour leur précédente pièce, "Corps Otages", le ministère leur avait demandé de procéder à 286 coupes. En vain. Avant de finalement l'autoriser.

"On comptait sur notre autocensure", explique le metteur en scène. Ne pas interdire ce théâtre engagé servait de caution au gouvernement, lui permettant de faire croire à "un théâtre soit-disant libre et démocratique", note-t-il encore.

Autorisation de jouer sur scène, mais aucune invitation à la radio ou à la télé. "On ne pouvait pas (non plus) jouer dans les régions. Mais on n'a jamais osé nous empêcher de partir, par peur du scandale. Nous profitons de notre notoriété", ajoute Fadhel Jaïbi.

A la fin de la représentation à Evry, comédiens et metteurs en scène ont salué en faisant un émouvant V, de la victoire.

Après l'Agora-scène nationale d'Evry, le Familia Théâtre va poursuivre sa tournée en France: du 26 au 29 janvier au TNBA à Bordeaux, du 2 au 4 février à Bonlieu-scène nationale d'Annecy, et le 20 mai à Châteauvallon/centre national de création et de diffusion culturelles.

Publié le: 22/01/2011 à 12:01:11 GMT Source : AFP
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