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Festival de Cannes: un ton grave et politique à l'affiche
Les membres du jury à l'ouverture du 61e festival de Cannes, le 14 mai 2008 (© AFP - Francois Guillot)
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PARIS (AFP) - Après "Blindness", projeté mercredi soir en ouverture, la compétition officielle se poursuit jeudi au Festival de Cannes avec deux sujets graves: la vie carcérale d'une jeune mère emprisonnée signé de l'Argentin Pablo Trapero et un film d'animation sur la première guerre du Liban par l'Israélien Ari Folman.
Entre glamour, paillettes et solennité, "Blindness", un glaçant thriller sur une humanité livrée à ses plus bas instincts, a ouvert la 61e édition du Festival sur un ton grave et politique.

Auparavant, la compétition avait été déclarée ouverte par le cinéaste français Claude Lanzmann, 82 ans, réalisateur de "Shoah", documentaire sur l'Holocauste.

"De même qu'il n'y a qu'une seule humanité, il n'y a qu'un seul cinéma", a déclaré Claude Lanzmann d'un ton solennel, en estimant que la force de Cannes était de faire le lien entre "les extrêmes du spectre", du "Jackie Brown" de Quentin Tarantino à "Shoah".

Avant lui, le président du jury, l'Américain Sean Penn, avait lancé un "appel aux distributeurs pour soutenir les films qui ne recevront pas de prix".

Penn, l'une des figures du Hollywood engagé sur le front politique mondial, a rappelé que Cannes avait toujours eu pour vocation de "soutenir et encourager" les films, citant "Easy Rider" (1969) de Dennis Hopper, présent dans la salle.

Penn est un enfant de la contre-culture américaine des "sixties", dont le film de Hopper est un symbole. La soirée d'ouverture a été marquée par la présence d'une autre icône de cette période, le chanteur Richie Havens, qui a interprété "Freedom" sur scène, comme au festival hippie de Woodstock en 1969, et a enflammé la salle.

La cérémonie avait été précédée par la montée des marches avec notamment l'équipe de "Blindness", dont son réalisateur brésilien Fernando Meirelles, les Américains Julianne Moore et Danny Glover et le Mexicain Gael Garcia Bernal.

Tiré du livre "L'Aveuglement" du Prix Nobel portugais José Saramago, "Blindness" relate une mystérieuse épidémie de cécité qui se répand à une vitesse foudroyante dans une mégalopole non identifiée.

Seule une femme (Julianne Moore) épargnée par l'épidémie conserve son sens moral dans un univers qui s'effondre: les liens sociaux se défont, la lutte pour la nourriture se généralise, les femmes deviennent une marchandise.

En milieu de journée, lors de sa conférence de presse, Meirelles a estimé la force de l'histoire vient des différentes lectures, philosophique, politique, morale, que le spectateur aura de cette parabole sur la "fragilité de la civilisation".

Glover, acteur engagé, a fait un parallèle entre la cécité du film et l'indifférence du monde aux tragédies qui le touchent, comme les "émeutes de la faim" qui ont lieu dans différents pays: "Dans ce monde, on ne voit pas les autres. Le film traite de notre capacité à voir ce qui se passe autour de nous".

Un sentiment partagé par le président du jury du festival. Sean Penn a déclaré que le "tremblement de terre (en Chine) allait influencer (son) jugement sur presque tous les films", en réponse à une journaliste chinoise qui lui demandait si le séisme qui a fait des milliers de morts en Chine modifierait son regard.

"De même pour ce qui se passe en Birmanie. Ces choses qui arrivent sont une partie des émotions et de la vie que nous partageons tous, cela nous rend plus âpres", a-t-il poursuivi lors de la conférence de presse du jury.

Dès jeudi, le festival prendra son rythme de croisière en dévoilant deux autres films de la compétition, "Waltz with Bashir" de l'Israélien Ari Folman et "Leonera" de l'Argentin Pablo Trapero, avant la projection le lendemain du premier des trois films français en lice pour la Palme, "Un conte de Noël" d'Arnaud Desplechin avec Mathieu Amalric et Catherine Deneuve.

Publié le: 15/05/2008 à 06:05:03 GMT Source : AFP
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