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Dossiers » Euthanasie: l'affaire Sébire Dossiers » Euthanasie: l'affaire Sébire
Des euthanasies illégales se pratiquent dans l'ombre en France
Une infirmière installe une perfusion à une patiente, le 17 Janvier 2007 à Lille (© AFP/Archives - Philippe Huguen)
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PARIS (AFP) - La loi Léonetti sur la fin de vie permet d'abréger les souffrances, mais des euthanasies illégales se pratiquent en France dans l'ombre et l'hypocrisie, témoignent des médecins.
"Il y en aurait entre 10.000 et 15.000 par an", lance Jean-Luc Romero, président de l'Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (ADMD).

Côté praticiens, que l'on soit pour ou contre l'euthanasie, on admet que la médecine ne peut pas lutter contre toutes les douleurs, ni résoudre la totalité des situations de fin de vie.

Par crainte des dérives, donner délibérément la mort en faisant une piqûre ou en aidant à boire un cocktail mortel sont interdits en France.

La loi Léonetti de 2005 permet aux médecins d'administrer des traitements anti-douleur pour soulager la souffrance, même si cela abrège la vie du malade en "phase avancée ou terminale d'une affection grave et incurable", à condition d'en informer le malade, la famille ou un proche.

Mais la frontière peut être ténue entre ces gestes. "Parfois, on ne peut plus contrôler la souffrance physique et morale d'un malade incurable. On y va, sans se retenir avec la sédation, et il meurt endormi", raconte un cancérologue.

Peu de praticiens, pour l'instant, témoignent à visage découvert.

Le Dr Bernard Senet (Vaucluse), membre de l'ADMD, reconnaît avoir pratiqué des euthanasies à la demande de malades.

Il lui est arrivé d'aider quelqu'un à partir "avant l'heure +naturelle+". Au fils des années, ce médecin généraliste indique avoir été "hors-la-loi une trentaine de fois" en utilisant "plutôt des anesthésiants", comme la morphine ou le pentothal.

Pour lui, les médecins devraient avoir le courage de reconnaître ces pratiques pour que la loi évolue.

Egalement généraliste, Christelle, 58 ans, a constaté au cours de sa carrière que ses confrères avaient eu à faire des euthanasies "en leur âme et conscience. "J'en ai fait moi-même", a-t-elle témoigné jeudi sur France Inter, en dénonçant l'"énorme hypocrisie professionnelle et sociale vis-à-vis de cette question". Elle juge d'une "cruauté terrible" de rejeter ce problème sur les familles.

Jean, qui exerce dans le sud, avoue à l'AFP avoir, avant 2005 et par peur, laissé le fils d'un patient en fin de vie se débrouiller tout seul avec les ampoules de morphine et quelques conseils pour mettre fin à l'agonie de son père, comme ce dernier l'avait souhaité.

Le Comité national consultatif d'éthique (CCNE), dans un avis sur la question, évoquait en 2000 "le voile d'hypocrisie et de clandestinité qui recouvre certaines pratiques". Il avançait alors l'idée d'"une sorte d'exception d'euthanasie", en réponse à une demande d'assistance médicale au suicide, sans cependant réclamer la dépénalisation.

L'Ordre des médecins, qui mène une réflexion à ce sujet, préfère pour sa part parler d"'assistance médicale à la mort délibérée".

Didier Sicard, président d'honneur du CCNE, se dit "prêt à ce qu'on affronte réellement ces situations sans se cacher derrière un voile d'ombre".

"Il ne faut pas non plus se cacher derrière une certaine hypocrisie", a-t-il ajouté sur France Inter, en évoquant ces situations où l'on donne un médicament qui raccourcit de façon certaine la durée de vie.

Mais nombre de médecins rappellent aussi qu'il faudrait d'abord remédier à l'insuffisance des soins palliatifs en fin de vie, pour réduire des demandes d'euthanasie motivées par des douleurs qui ne sont pas soulagées.

Publié le: 20/03/2008 à 18:34:01 GMT Source : AFP
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