| Euthanasie: le gouvernement ne veut pas fermer complètement la porte |
| PARIS (AFP) - Face à l'émotion suscitée par l'affaire Chantal Sébire, cette femme atteinte d'une maladie incurable qui demandait qu'on l'aide à mourir, le gouvernement n'a pas exclu d'envisager une prise en compte de certaines demandes exceptionnelles de suicides médicalement assistés. |
Jeudi, le nouveau porte-parole du gouvernement Luc Châtel a rappelé que la loi sur la fin de vie votée en 2005 à l'unanimité par l'Assemblée nationale avait "été une énorme avancée" qui permettait "aujourd'hui de traiter 90% ou 99% des cas".
Mais il a aussi souligné qu'il fallait "bien sûr prendre en compte les cas qui sont les plus douloureux comme celui de Chantal Sébire", en rappelant que le Premier ministre François Fillon avait chargé Jean Leonetti (UMP), rapporteur du texte de 2005, d'une mission d'évaluation de ce texte qui rend possible un "laisser mourir" tout en rejetant l'euthanasie active.
La nouvelle secrétaire d'Etat à la Famille Nadine Morano a de son côté réaffirmé être "à titre personnel" favorable à la création d'une "commission nationale d'euthanasie à qui reviendrait le soin d'examiner les cas exceptionnels graves".
La ministre de l'Economie Christine Lagarde a jugé "parfaitement légitime" de "réexaminer la législation, le cadre dans lequel s'inscrivent ces décisions qui sont lourdes, mais qui sont bien souvent un apaisement".
Dans Le Parisien/Aujourd'hui en France de jeudi, M. Leonetti envisage pour sa part que, "à titre exceptionnel", une "solution transgressive" à l'interdit de l'euthanasie puisse exister, à "condition que l'on assume cette transgression, en ayant conscience".
Bref, "François Fillon paraît beaucoup moins fermé sur la question que ne l'était Jean-Pierre Raffarin en 2005", a estimé une source PS à l'Assemblée.
Mais le gouvernement sait que la question de l'euthanasie, même restreinte à certains cas exceptionnels, est une question passionnelle, et plusieurs membres de la majorité ont appelé à la prudence.
"On ne peut pas aussi facilement décider d'un trait de loi que la société peut mettre fin, même à sa demande, à la vie de quelqu'un", a déclaré Eric Woerth, le ministre du Budget, tout en reconnaissant "l'hypocrisie" de certaines situations actuelles.
"Il ne faut jamais légiférer dans la précipitation, dans la pression passionnelle", a mis en garde de son côté Bernard Accoyer, le président UMP de l'Assemblée nationale.
"Ce problème extrêmement grave (...) ne doit pas être traité avec précipitation sous la pression de ceux qui militent pour l'euthanasie active", a-t-il insisté, en déclarant qu'il ne "savait pas" s'il fallait aller plus loin que la loi de 2005.
Interrogé par l'AFP, le député UMP de Saône-et-Loire Jean-Marc Nesme, qui avait pris part au débat sur la loi de 2005, a estimé que la majorité actuelle "n'accepterait pas d'aller plus loin" que cette loi, et qu'elle "voudrait simplement appliquer pleinement et entièrement" cette dernière.
"Qu'ont pensé du débat de ces derniers jours les personnes très âgées ou très handicapées", a-t-il demandé. "Donner la mort sciemment est un échec en toute hypothèse", a-t-il averti.
Le groupe PS à l'Assemblée, de son côté, a annoncé qu'il allait préparer un nouveau texte de loi sur la fin de vie. Mais le texte sera déposé "dans les mois à venir", après préparation par un groupe de travail présidé par Manuel Valls.
Le député socialiste Gaétan Gorce, ex-président d'une commission qui avait préparé le terrain pour la loi de 2005, a lui aussi défendu le principe d'une "exception", plaidant pour "la création d'une haute autorité morale" pouvant proposer une issue au cas par cas.
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| Publié le: 20/03/2008 à 16:31:15 GMT |
Source : AFP |
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