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Dossiers » Procès du naufrage de l'Erika Dossiers » Procès du naufrage de l'Erika
Erika: ouverture du premier grand procès environnemental en France
Vue aérienne, le 13 décembre 1999, de la partie arrière du pétrolier maltais "Erika", au large de Penmarc'h, avant qu'elle sombre (© AFP/Archives - Marine Nationale HO)
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PARIS (AFP) - Le premier procès en France d'une catastrophe écologique majeure s'ouvre lundi à Paris : celui du naufrage du pétrolier Erika où les armateurs, l'affréteur Total et les secours devront s'expliquer sur leur responsabilité dans une marée noire qui a ravagé les côtes bretonnes en 1999.
Quatre mois d'audience, plus de 70 parties civiles, dont de nombreuses collectivités ou associations bretonnes, 14 interprètes pour l'équipage indien, les armateurs italiens et grecs, les courtiers anglais... la justice devrait dépenser quelque 600.000 euros pour ce procès fleuve, l'un des plus chers de l'histoire judiciaire française.

La somme est à la démesure du désastre qui a vu 20.000 tonnes de fioul lourd souiller 400 km de côtes, mazouter plus de 150.000 oiseaux et sinistrer l'économie bretonne pour un préjudice évalué à plus d'un milliard d'euros.

Après sept ans d'enquête, la juge d'instruction Dominique de Talancé a renvoyé 15 personnes morales et physiques devant la justice pour pollution, mise en danger d'autrui ou abstention volontaire de combattre un sinistre. Il y a d'abord le propriétaire de l'Erika, Giuseppe Savarese, et son gestionnaire, Antonio Pollara, à qui l'enquête reproche d'avoir négligé la sécurité en exploitant le navire sans relâche.

Pompage du pétrole s'écoulant de l'Erika par le navire français l'Ailette le 16 décembre 1999 dans le Golfe de Gascogne (© AFP/Archives - David Ademas)
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Certes, l'Erika était un simple coque approchant les 25 ans, une structure et un âge le fragilisant pour affronter la tempête qui l'a brisé net dans le Golfe de Gascogne en décembre 1999. Mais plusieurs inspections avaient détecté une corrosion dangereuse qui n'a pas été traitée correctement. Endetté, l'armateur payait les traites du bateau avec son affrètement, sans vouloir l'immobiliser pour des travaux nécessaires. C'est ce que va tenter de démontrer l'accusation.

Il lui faudra s'aventurer dans le monde complexe du transport maritime, où les intermédiaires pullulent et où les pavillons de complaisance, Malte pour l'Erika, autorisent les structures de propriété opaques, impliquant ici des sociétés du Nigeria et des Bahamas. Le commandant indien Karun Mathur est lui aussi prévenu, mais sa présence à la barre paraît loin d'être acquise.

La société italienne Rina devra dire pourquoi elle a classé l'Erika parmi les bateaux navigables, tandis que quatre membres de l'assistance à terre, notamment du Centre opérationnel de la marine (COM) de Brest, et du Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage en mer (CROSS) d'Etel, s'expliqueront sur les nombreux dysfonctionnements relevés par l'enquête.

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Total, deux de ses filiales et un directeur juridique, sont eux aussi accusés d'être à l'origine de la pollution en ayant choisi un navire dangereux afin de pouvoir livrer à temps le client italien Enel. Les bénéfices record du groupe -12 milliards d'euros en 2005 et au moins autant attendus pour 2006- font saliver les parties civiles qui demandent des indemnisations. Le conseil général de Loire-Atlantique les a chiffrées à 5,6 millions d'euros, tandis que l'Etat réclame 153 millions, dépensés pour nettoyer les plages et traiter l'épave.

Mais Total réfute sa responsabilité et, pour y voir clair, le tribunal devra s'enfoncer dans l'exégèse de la charte d'affrètement et des conventions internationales, comme celles du Fipol, le Fonds international d'indemnisation des marées noires. La région Poitou-Charente est aussi partie civile, de quoi alimenter les suppositions sur un passage de sa présidente, la socialiste Ségolène Royal. Le Vendéen Philippe de Villiers, lui, est attendu.

Publié le: 12/02/2007 à 11:16:36 GMT Source : AFP
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