| L'élection de Sarkozy inquiète les Turcs |
| ANKARA (AFP) - L'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence française inquiète la Turquie mais plusieurs commentateurs soulignaient lundi qu'une fois président, ce pragmatique pourrait évoluer dans son hostilité militante à une adhésion de leur pays à l'Union européenne. |
"Sur le processus (d'adhésion) à l'Union européenne ou sur les relations franco-turques, nous souhaitons ne plus entendre (après cette élection) dans les relations bilatérales le même genre de déclarations que celles faites par M. Sarkozy durant la campagne électorale", a souligné le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, du parti de la Justice et du Développement (AKP, issu de la mouvance islamiste).
Interrogé sur les conséquences de l'élections pour l'adhésion de la Turquie à l'UE, il s'est contenté de répondre: "Je ne sais pas. On verra ça plus tard dans la pratique". "Attendons de voir comment il va aborder la situation. Angela Merkel parlait comme lui, mais une fois élue chancelière d'Allemagne, elle a dit qu'elle se plierait" aux règles définies par l'Union européenne pour une adhésion turque, analyse pour l'AFP Dogu Ergil, chercheur en sciences politiques.
Il relève chez le candidat Sarkozy "un certain opportunisme, il répond aux préoccupations et aux peurs des électeurs français" mais "une fois élus, les hommes politiques agissent en hommes d'Etat et non plus de façon personnelle", estime-t-il. Allant dans le même sens, le quotidien Milliyet estimait "pas impossible que Sarkozy, qui est plus un pragmatique qu'un idéologue, change de position une fois élu".
Le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a d'ailleurs invité le futur président français à ne pas se précipiter sur ce dossier. L'UE "négocie avec la Turquie sur la base d'un mandat qui avait été décidé à l'unanimité avec les Etats membres", a-t-il rappelé. Si un Etat "veut remettre en cause ou changer ce mandat", il doit "en assumer l'initiative et les conséquences".
Certains commentateurs turcs sont toutefois franchement pessimistes, comme Cengiz Aktar, directeur du centre de recherches sur l'UE à l'Université de Bahçesehir, à Istanbul. Dans le processus d'adhésion à l'UE, "la conditionnalité qui a marché avec les pays d'Europe centrale ne fonctionne plus avec la Turquie. Avec l'élection de Sarkozy, ça va être le moment de vérité pour traduire cet état de fait en état de droit", estime-t-il pour l'AFP.
"Les négociations font semblant de continuer mais fort probablement, le processus risque de s'arrêter officiellement en 2009, avec la campagne pour les élections européennes", ajoute-t-il, lançant que Nicolas Sarkozy "va probablement mettre le dernier clou dans le cercueil des relations entre la Turquie et l'UE".
L'analyste politique Semih Idiz voit en Nicolas Sarkozy "une incarnation brute des peurs des Français" sur des questions comme l'intégration des musulmans et des immigrés ou l'adhésion à l'UE de la Turquie.
"La montée en puissance d'un pays musulman et la possibilité qu'il ait le même droit de parole que la France dans l'UE est dure à avaler pour les crypto-fascistes déguisés en agneaux" que sont à ses yeux "Sarkozy et ceux qui pensent comme lui", écrit-il dans le quotidien Milliyet.
Une virulence qui reflète un soupçon solidement ancré en Turquie voyant dans l'UE un club chrétien rejetant pour des raisons religieuses la Turquie musulmane.
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| Publié le: 07/05/2007 à 10:42:15 GMT |
Source : AFP |
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