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Dossiers » Rébellion au Tchad Dossiers » Rébellion au Tchad
Une crise politique dans un jeune pays pétrolier
Le complexe pétrolier de Komé au Tchad, le 10 octobre 2003 gardé par des policiers (© AFP - Desirey Minkoh)
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PARIS (AFP) - La crise politique au Tchad intervient alors que le pays vient de faire son entrée dans le club des producteurs de pétrole et que l'utilisation de ces nouvelles ressources vient d'opposer le pouvoir en place à la Banque mondiale (BM).
Pays jusqu’à présent parmi les plus pauvres du monde, le Tchad exporte du pétrole depuis juillet 2003 avec la mise en service d'un oléoduc reliant le gisement de Doba, dans le sud du pays, à Kribi au Cameroun. La production, pour l'instant modeste, s'élève à 200.000 barils par jour.

Parmi les pays pétroliers africains, la particularité du Tchad tient au mode de gestion des recettes engendrées: la BM, qui a financé en partie les 3,5 milliards de dollars du projet, a imposé d'affecter une partie des revenus aux secteurs de la santé, de l'éducation et des infrastructures.

"Les dépenses de sécurité n'entraient pas dans le cadre conçu par la Banque mondiale pour limiter la capacité des autorités à utiliser la manne pétrolière sans que la population en voit la couleur. Aujourd'hui, ces accords ficellent le gouvernement tchadien", analyse Francis Perrin, expert du secteur et rédacteur en chef de la revue Pétrole et gaz arabes. Les autorités tchadiennes plaident aujourd'hui auprès de la Banque mondiale pour un déblocage des fonds réservés aux dépenses sociales "en vertu de leur besoin immédiat de sécurité", souligne M. Perrin.

Le président tchadien Idriss Deby ouvrant le 10 octobre 2003 à Komé les vannes du pipe-line reliant le Tchad au Cameroun (© AFP/Archives - Desirey Minkoh)
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Le conflit a débuté avec la décision du Tchad fin décembre de s'affranchir des conditions imposées par la BM et en rétorsion, l'institution a suspendu le versement de 124 millions de dollars de prêts au Tchad et bloqué le compte bancaire londonien sur lequel transitent ses revenus pétroliers. Les rebelles du Front uni pour le changement (Fuc) ont mené jeudi d'intenses combats aux portes de la capitale tchadienne. Le régime du président Deby accuse le Soudan de soutenir les rebelles, ce que Khartoum a démenti jeudi.

Depuis le début de l'exploitation pétrolière, le régime fait face à des mécontentements croissants sur l'utilisation des revenus, relève l'économiste Anne-Claire Poirson, qui se demande si les bouleversements de l'économie traditionnelle liés au pétrole sont absorbables par un pays marqué par des tensions régionales et claniques. La production est aux mains des américains ExxonMobil (40%), Chevron (25%) et du malaisien Petronas (35%), tandis que l’Etat tchadien n’intervient que dans la société de commercialisation du brut.

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De plus, le brut lourd extrait des trois champs de Doba est moins coté que le brut léger, plus facile à raffiner: le Tchad ne bénéficie donc pas à plein de la hausse des cours mondiaux du pétrole. Pour Francis Perrin, le régime de N'Djamena pourrait être tenté de jouer la carte chinoise pour sortir de la crise. "Dans le contexte actuel, la Chine a tous les atouts pour s'imposer: l'atout pétrolier avec le lobbying des compagnies d'Etat, l'atout politique et l'atout sécuritaire".

Selon cet expert, le pétrole n'est pas la cause des relations tendues entre le Soudan et le Tchad. "On ne peut pas uniquement expliquer la rébellion par le fait qu'il y a du pétrole, parce qu'il y en a aussi au Soudan. Ce n'est pas comme si le pays voisin convoitait les richesses de l'autre", analyse-t-il, mettant surtout en avant les questions politiques et ethniques. L'or noir a rapporté au Tchad en 2004 67,5 milliards de francs CFA (103 M EUR), soit 42% du budget national. L'arrivée du pétrole tchadien sur le marché intervient à un moment où l’Europe et les Etats-Unis veulent réduire leur dépendance vis-à-vis de l’Arabie Saoudite et du Moyen-Orient.

Publié le: 14/04/2006 à 08:59:19 GMT Source : AFP
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