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Dossiers » 40e anniversaire de Mai 68 Dossiers » 40e anniversaire de Mai 68
Cohn-Bendit: conquête des libertés en 68, conquête de sécurité aujourd'hui
Daniel Cohn-Bendit prend la parole lors de la grande manifestation du 13 mai 1968 à Paris (© AFP/archives - null)
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PARIS (AFP) - Héros des événements de mai, Daniel Cohn-Bendit juge que sa génération "prométhéenne" partait "à la conquête des libertés", conquête qui s'est muée en celle "d'une sécurité", dans un monde qui fait peur.
Question: Pourquoi êtes-vous devenu l'incarnation de mai 68?

Réponse: "Ce n'est pas moi, c'est une image (NDLR: le fond d'écran de son portable est le célèbre portrait où il nargue un CRS). C'est du génie de la photographie. Cette photo symbolise l'insolence, l'envie de vivre de 68. J'ai une manière d'être au début qui, au-delà du contenu de ce que je disais, symbolisait le surréalisme des +Il est interdit d'interdire+ etc. La légèreté d'être, c'était moi..."

Q: Le symbole le plus fort de mai pour vous?

R: "L'image qu'il me reste de 68, c'est +Nous sommes tous des juifs allemands+. C'est un slogan et, au-delà, c'est cette manifestation où des centaines de milliers de personnes crient +Nous sommes tous des Juifs allemands+, qu'ils soient noirs, juifs, arabes ou catho, blancs, noirs jaunes ou gris... Pour moi, ça symbolise cet esprit de solidarité multi-racial et multi-tout de l'époque.

J'ai un sentiment de reconnaissance. Je suis très kitsch... Ca m'a fait pleurer... Vous êtes dans une société où vous avez l'impression d'être seul et tout d'un coup, +je ne suis pas seul+. Un sentiment de collectif."

Q: Quel est l'héritage de mai 68?

R: "Un héritage positif. En 1965, une femme mariée devait avoir l'autorisation de son mari pour ouvrir un compte en banque. Aujourd'hui, elle peut le faire sans autorisation. Aujourd'hui, même le catho le plus invertébré défend que la base de la démocratie, c'est l'autonomie et l'égalité des hommes et des femmes. Aujourd'hui, vous avez une acceptation de l'autonomie des enfants. Une accceptation de l'homosexualité, même si l'Eglise a encore ses problèmes - mais ça viendra. Une acceptation de la diversité des individus. Une idée des droits de l'homme et de la démocratie."

Q: Peut-on comparer 2008 et 1968?

R: "Il faut faire attention. La société d'aujourd'hui n'a plus rien à voir avec celle d'il y a 40, 45 ans. Beaucoup plus ouverte, elle a d'autres problèmes. 68 ne connaissait ni le chômage, ni le Sida, ni la dégradation climatique, ni la perversité de la mondialisation.

Nous étions une génération prométhéenne. Nous disions +Le monde nous appartient, nous sommes à même de gérer notre vie et le monde autrement+. Aujourd'hui, le monde fait peur, c'est une société qui est angoissée, une société où on a un autre type de souffrance.

68 part à la conquête des libertés, de l'autonomie. Aujourd'hui, on veut partir à la conquête d'une sécurité. Comparer les deux époques me paraît fallacieux."

Q: Comment définir l'esprit de 68?

R: "L'esprit de 68 est une envie de liberté. c'est cela la matrice. C'était l'esprit de liberté, l'envie d'autonomie et d'indépendance."

Q: Ces foules qui buvaient vos paroles, le pouvoir ébranlé...Aviez-vous un sentiment de puissance?

R: "Non, plutôt un sentiment de jouissance. J'aime les foules -ce serait complètement idiot de le nier- mais ce n'est pas pour les envoûter. C'est une forme de dialogue, de défi avec elles..

Des tas de groupes politiques voulaient un pouvoir. Moi, j'étais libertaire, anar. Les léninistes voulaient diriger le mouvement. C'est la maladie de la direction. Ca continue jusqu'à aujourd'hui..."

Q: Nicolas Sarkozy dit que mai 68 a introduit le cynisme en politique...

R: "Cynisme? On était tout sauf cyniques. Peut-être contradictoires, peut-être crétins, tout sauf cyniques. Lui est absolument cynique. Quand il dit cela, il se regarde dans le miroir."

Publié le: 22/03/2008 à 07:25:01 GMT Source : AFP
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