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Dossiers » Procès du naufrage de l'Erika Dossiers » Procès du naufrage de l'Erika
A Belle-Ile, "c'était noir partout..."
Des militaires de la Sécurité Civile transportent, le 29 décembre 1999 dans les rochers de l'anse du Skeul à Belle-Ile, des poubelle remplies de pétrole (© AFP/Archives - Marcel Mochet)
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LE PALAIS (AFP) - 24 décembre 1999. Dans l'après-midi, la rumeur enfle: "il paraît qu'on a vu une plaque de fioul à la pointe des Poulains" à l'extrême-ouest de Belle-Ile, entend dire Jean-Yves Bannet, le maire de l'une des communes de l'île.
C'est le début de plusieurs semaines de lutte acharnée pour nettoyer la plus grande et la plus prisée des îles bretonnes. Elle sera la plus touchée avec 1.500 tonnes de pétrole brut et 6.500 tonnes de déchets ramassées le long de ses côtes découpées.

"C'était noir partout...", se rappelle Jean-Yves Bannet, maire de Locmaria et président de la communauté de communes, sept ans après la catastrophe. "Il fallait se battre contre le pétrole. Les gens nous disaient: +c'était comme si c'était la guerre!+". Car le fioul lourd numéro 2 de l'Erika vient dégouliner sur le sable des plages, s'inscruste insidieusement dans les rochers et se niche dans chaque crique.

Sans délai, la population se mobilise. L'ancien bagne pour enfants devient le siège d'une clinique de fortune pour soigner les volatiles tandis que les bénévoles, écoliers ou retraités, affluent par bateaux entiers. "J'ai encore les noms de tous ces gens. Il a fallu canaliser les volontés", se souvient Jean Gallen, responsable de la réserve ornithologique de Koh Kastel, près de la grotte de l'Apothicairerie.

Un guillemot, victime de la marée noire tente vainement de reprendre son envol, le 29 décembre 1999 près de Belle-Ile (© AFP/Archives - Marcel Mochet)
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Sur les 8.000 oiseaux récupérés, la moitié seulement sont en vie. Les guillemots de Troïl, espèces de mini-pingouin, sont particulièrement vulnérables, précise M. Gallen, qui a gardé, comme souvenir accroché à son trousseau de clés, une bague estampillé "British Museum" retrouvée sur l'un des premiers oiseaux morts. "Ils arrivaient amaigris, il fallait les nourrir et leur injecter de la purée avec les seringues", se rappelle-t-il.

Bombardée "en poste arrière" au PC Polmar, Geneviève Paillet, reçoit par jours "300 coups de fil" de personnes souhaitant aider. "On s'est tous jeté la-dedans sans réfléchir. Les commerçants nous apportaient des stocks de bonnets, et le cinéma faisait des tarifs à des prix défiant toute concurrence pour les bénévoles", raconte-t-elle.

Au bout de six mois, cette persévérance paie. "La majorité des sites emblématiques de l'île étaient propres pour l'été", selon Stéphane Riallin, conseiller territorial de gestion des espaces naturels.

La fréquentation de l'île a légèrement diminué en 2000, mais s'est reprise dès l'année suivante. "On en est sorti plus vite que prévu", confirme M. Bannet qui confie que, si une telle catastrophe se reproduisait, il "ne veux aucun bénévole" car pour être le plus efficace, "il vaut mieux avoir des équipes spécialisés sur les sites".

Mais, "bien sûr, vu l'émotion, si on avait empêché les Bellilois d'y aller, on se serait fait lyncher", reconnaît-il. La restauration des sites a coûté "une fortune au groupe Total", qui avait affrété l'Erika, affirme M. Bannet.

Publié le: 12/02/2007 à 11:16:30 GMT Source : AFP
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