| Les attaques de Bombay font craindre de nouveaux problèmes au Cachemire |
| SRINAGAR (AFP) - Les soupçons qui pèsent sur le Lashkar-e-Taïba depuis les attentats de Bombay et le regain de tensions entre l'Inde et le Pakistan font craindre de nouveaux problèmes au Cachemire, que les deux pays se disputent depuis des décennies. |
Le Lashkar-e-Taïba est l'un des mouvements islamistes clandestins pakistanais qui affirment lutter contre l'"occupation" indienne du Cachemire ou les persécutions dont est, selon eux, victime la minorité musulmane en Inde.
Il nie toute implication dans les attaques qui ont fait au moins 172 morts la semaine dernière à Bombay. Mais un consensus semble désormais émerger pour le pointer du doigt. Et le Cachemire, objet de deux des trois guerres que se sont livrées l'Inde et le Pakistan après la partition sanglante de l'Empire britannique des Indes en 1947, est pris d'un mauvais pressentiment.
A Bombay, l'un des preneurs d'otages a laissé entendre que le traitement des musulmans du Cachemire indien était l'une des motivations des assauts lancés contre une douzaine de sites. "Est-ce que vous êtes conscients du nombre de gens qui ont été tués au Cachemire?", a-t-il lancé par téléphone, pendant les attaques, sur une chaîne de télévision.
Beaucoup de musulmans d'Asie du Sud s'insurgent contre la situation de leurs coreligionnaires au Cachemire, une région d'Inde peuplée majoritairement de musulmans. Des organismes de défense des droits de l'Homme comme Amnesty international ont dénoncé l'ampleur des pouvoirs que l'Inde laisse à ses forces de sécurité dans la région, accusant les services de New Delhi de recourir à la torture pour écraser la révolte islamiste armée.
Mais pour Akbar Mantoo, un entrepreneur cachemiri de 41 ans, entendre ces propos à la télévision était épouvantable. "C'est extrêmement regrettable qu'un attaquant ait parlé du Cachemire", a-t-il confié. "Nous n'avons pas besoin de soutiens ou de sympathisants comme eux."
Pour Tahir Mohiudin, analyste politique cachemiri, les violences de Bombay pourraient faire dérailler le processus de paix entamé en 2004 entre l'Inde et le Pakistan.
Le processus a engrangé quelques résultats -- un service de bus a été lancé entre la frontière des Cachemires indien et pakistanais en 2005 et le commerce a de facto été rouvert en octobre entre les deux zones. Mais il n'a pas résolu les principaux points de contentieux.
"La population du Cachemire a été attristée par ces attaques absurdes et stupides", affirme Tahir Mohiudin, en référence aux tueries de Bombay. "Ils savent qu'au bout du compte, ce sont eux qui souffriront si le processus de pays est rompu". Plus de 47.000 personnes -- pour plus du tiers des civils -- sont mortes depuis le début de la révolte armée au Cachemire indien il y a près de deux décennies.
New Delhi accuse depuis longtemps Islamabad d'armer et de financer les rebelles islamistes cachemiris, ce que nie le Pakistan.
Le Lashkar-e-Taïba est interdit depuis 2002 au Pakistan, mais il a longtemps bénéficié de la bienveillance d'Islamabad et même de l'aide de ses puissants services de renseignements.
Le groupe est fortement soupçonné d'avoir organisé l'attaque du Parlement indien à New Delhi qui avait fait dix morts le 13 décembre 2001 et poussé les deux pays au bord d'une quatrième guerre. Il est aussi soupçonné d'avoir renforcé ses liens avec les talibans pakistanais et Al-Qaïda, qui a reconstitué ses forces dans les zones tribales du nord-ouest du Pakistan.
Mirwaiz Umar Farooq, politicien cachemiri partisan d'une indépendance du Cachemire, vis-à-vis de l'Inde comme du Pakistan, la population de la région a été choquée, comme le reste du monde, des attentats de Bombay. "J'appelle les médias à ne pas lier ces attaques à notre lutte politique. Nous n'approuvons pas l'assassinat de gens innocents", a-t-il affirmé.
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| Publié le: 01/12/2008 à 09:18:10 GMT |
Source : AFP |
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