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L'Allemagne dans la tourmente financière après avoir fait la leçon aux Etats-Unis
Le siège de la banque allemande Hypo Real Estate, le 29 septembre 2008 à Munich (© DDP/AFP - Joerg Koch)
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BERLIN (AFP) - La "schadenfreude", le malin plaisir des dirigeants allemands qui reprochaient aux Etats-Unis leur mauvaise gestion de la crise financière, a fait long feu: l'Allemagne est à son tour prise dans la tourmente.
Berlin ne s'était pas privé au cours des dernières semaines de rappeler que les gouvernements américain et britannique avaient repoussé pendant deux ans tous leurs efforts pour réguler les marchés financiers internationaux. Sur le thème: s'ils nous avaient écoutés, on n'en serait pas là.

"Il a manqué aux Etats-Unis des lois, un cadre de réglementation qui auraient empêché" que "la spéculation échappe à tout contrôle", affirmait le ministre allemand des Finances, le social-démocrate Peer Steinbrück, dans une interview publiée le 28 septembre.

"Avec l'économie sociale de marché en Allemagne, nous nous en sommes heureusement jusqu'à présent bien tirés", ajoutait-il. Le même jour, la presse révélait que la quatrième banque d'Allemagne en termes d'actifs était au bord de la faillite.

Six jours plus tard, un plan de sauvetage de la Hypo Real Estate d'une envergure historique, négocié entre le gouvernement et le secteur bancaire capotait. Les banques allemandes avaient découvert que la banque immobilière basée à Munich avait dissimulé à ses partenaires la gravité de ses besoins en liquidité et lui refusaient les lignes de crédit promises.

Il a fallu que la chancelière conservatrice Angela Merkel tape du poing sur la table et contraigne le secteur bancaire à soutenir sa consoeur, en lui lançant une nouvelle bouée de sauvetage.

Entretemps, les dirigeants de la première économie d'Europe ont dû garantir tous les dépôts des particuliers, au bas mot 1.600 milliards d'euros, pour éviter une ruée sur les banques, une mesure sans précédent.

Il ne s'agit pas moins que d'éviter "que la situation critique d'un institut entraîne une crise de tout le système" financier, a annoncé Mme Merkel à la presse.

Il a quelques jours encore, M. Steinbrück prédisait la fin de la suprématie américaine sur les marchés financiers.

"Les Etats-Unis vont perdre leur statut de superpuissance dans le système financier international. Il devient multipolaire", avait lancé le 25 septembre devant le Bundestag.

"Certains des Allemands qui se réjouissaient de la chute de l'Empire (américain) ont sous-estimé à quel point l'économie mondiale est enchaînée à la l'économie américaine", constatait lundi Josef Joffe, directeur de l'influent hebdomadaire Die Zeit.

Berlin, qui dénonçait le capitalisme sauvage de Wall Street, s'en prend maintenant à ses propres banquiers.

"Ceux qui ont fait des affaires irresponsables auront des comptes à rendre", a claironné Mme Merkel. M. Steinbrück a ainsi demandé la démission des dirigeants de la Hypo Real Estate.

La presse allemande n'a pas manqué lundi de rappeler que la supervision de l'Etat n'avait pas empêché les banquiers de commettre des bourdes monumentales, comme celle de la banque publique KfW qui avait transféré plus de 300 millions d'euros à l'américaine Lehman Brothers le jour de la mise en faillite de cette dernière.

Elles "prouvent bien que l'influence des politiques sur les banques est tout sauf bénéfique", écrivait le Handelsblatt, journal des milieux d'affaires.

"Les banquiers allemands (surtout ceux du secteur public) sont aussi bêtes que les Américains et ont acheté à tout va des titres dont ils ne connaissaient absolument pas la valeur", conclut M. Joffe.

Publié le: 06/10/2008 à 10:49:17 GMT Source : AFP
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