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1968, l'une des années les plus turbulentes de l'histoire des Etats-Unis
Des soldats américains se bouchent les oreilles au moment où un char M-48 tire un obus, le 3 avril 1968 à Phu Bai durant la guerre du Vietnam (© AFP/archives - National Archives)
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CHICAGO (AFP) - Une guerre impopulaire, les assassinats de Martin Luther King et de Robert Kennedy, des émeutes raciales mettant des quartiers à feu et à sang: 1968 a été l'une des années les plus turbulentes de l'histoire des Etats-Unis.
Quarante ans plus tard, la guerre en Irak est aussi impopulaire que ne le fut l'aventure militaire au Vietnam, le fossé entre riches et pauvre s'est creusé et la question de la race marque en filigrane la course à la Maison Blanche.

Mais aujourd'hui la contestation s'est émoussée.

A bien des égards, 1968 a été une année particulière. Alors que l'engagement américain au Vietnam battait son plein, l'offensive du Têt menée en février par les forces communistes jusque dans l'ambassade des Etats-Unis à Saïgon, a fait basculer l'opinion publique américaine dans l'opposition à la guerre.

Le mouvement des droits civiques, qui à force de manifestations, de marches pacifiques et de souffrances avait réussi à démanteler les instruments de la ségrégation, a perdu celui qui l'incarnait.

Le 4 avril, Martin Luther King est assassiné à Memphis et dans les jours qui suivent, plus d'une centaine de villes connaissent des émeutes sanglantes y compris à Chicago où le maire d'alors donne l'ordre à la police de "tirer pour tuer" sur les émeutiers.

Quelques mois plus tard, c'est au tour de Robert Kennedy, le frère du président, de tomber sous les balles d'un assassin et à Chicago la police réprime sauvagement une manifestation pour la paix organisée à l'occasion de la tenue de la convention démocrate.

Après les soubresauts des années 70, ce type d'explosion de violence est devenu moins courant, essentiellement parce qu'il y a moins d'étincelles pour mettre le feu aux poudres.

Mais selon Mark Sawyer, un professeur de sciences politiques à l'Université de Californie à Los Angeles, un événement majeur comme l'acquittement des policiers qui avaient battu sévèrement Rodney King, un chauffeur de taxi noir et provoqué les émeutes de 1992 à Los Angeles, pourrait "réveiller la bête".

Pour Michael Dawson qui étudie la relation entre race et politique à l'université de Chicago, le rejet, depuis longtemps ancré dans l'opinion publique, de tout radicalisme ou activisme, a tempéré l'ampleur des manifestations aux Etats-Unis.

Le credo du mythe du "rêve américain" c'est que si l'on ne réussit pas c'est qu"on n'a pas travaillé assez dur" et que les manifestants veulent "des avantages indus", explique le chercheur.

"Le patriotisme inconditionnel" a également gagné en vigueur après les attentats du 11 septembre, ajoute M. Dawson.

Pour 56% des Américains il était "anti-patriotique" de manifester contre la guerre en Irak, selon une étude menée par le chercheur quelques jours après l'invasion du pays en mars 2003.

Aujourd'hui une majorité de la population est opposée à la guerre selon les sondages mais les manifestations ne mobilisent guère plus de quelques dizaines de milliers de personnes, même lors d'anniversaires marquants.

Crise économique aidant, le pessimisme qui semble frapper les Etats-Unis tempère également les vélléités de protestation, souligne M. Dawson, faisant allusion à un récent sondage qui montrait que 81% des Américains jugent que le pays est sur la mauvaise voie.

"Il faut avoir la conviction que les choses peuvent changer en mieux pour arriver à mobiliser les gens, ou alors il faut se sentir tellement acculé qu'on est obligé de faire quelque chose", ajoute t-il.

Publié le: 19/04/2008 à 09:03:29 GMT Source : AFP
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