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1968 en Tchécoslovaquie: Marta Kubisova, voix étouffée du Printemps de Prague
La chanteuse et figure du Printemps de Prague Marta Kubisova, le 8 avril 2008 à Prague (© AFP - Michal Cizek)
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PRAGUE (AFP) - La chanteuse tchèque Marta Kubisova a incarné le vent de liberté qui souffla en 1968 avant d'être interdite de scène par le pouvoir communiste après la répression du printemps de Prague.
"Le printemps fut comme un jaillissement d'une énergie longtemps étouffée: avec la levée de la censure, un vent frais soufflait partout", se souvient la chanteuse qui prêta sa voix à l'air le plus célèbre de l'époque, la "Prière pour Marta".

La chanson est restée le symbole de cette immense espérance de liberté, ensuite brutalement écrasée par les chars soviétiques.

Une fois le pays repris en main par un régime aligné sur Moscou, elle fut interdite et l'artiste réduite au silence pendant 19 ans, de 1970 à 1989.

Quatre décennies plus tard, Marta Kubisova se dit toujours partisane d'Alexander Dubcek, qui, après sa nomination en janvier 1968 à la tête du parti communiste tchécoslovaque, tenta son "socialisme à visage humain". Une voie originale que le Kremlin n'accepta pas et réprima par la force en août de la même année.

"L'arrivée de Dubcek, c'était comme celle de Gorbatchev vingt ans plus tard. On peut la voir comme une ultime tentative de réhabiliter une certaine idée avant qu'elle ne se vide totalement de sa teneur", estime la chanteuse.

A l'époque, elle enregistre une chanson spécialement dédiée à Dubcek: "Tu n'es pas seul à espérer".

La censure levée, un vaste débat agite toutes les couches sociales, sur les cruautés staliniennes commises après le putsch communiste à Prague en 1948, mais aussi sur l'état de la culture et de l'économie. Des réformes économiques et politiques sont engagées par Dubcek, qui espère les voir entérinées en septembre 1968 par un congrès extraordinaire du parti.

"A cette époque-là, les gens et surtout les jeunes ont eu l'impression qu'il fallait vraiment faire quelque chose de nouveau après ces années 1950 horrifiantes où la peur était omniprésente...", se souvient Marta Kubisova, aujourd'hui âgée de 65 ans.

Déjà très populaire, la chanteuse cotoie la révolte étudiante à Paris au printemps 1968, lorsqu'elle se produit pendant quatre semaines à l'Olympia, avec d'autres artistes tchèques, en alternance avec Joséphine Baker.

"On avait un succès époustoufflant, les gens nous criaient +victory+, on ressentait très fort les liens qui nous unissaient. Bruno Coquatrix m'a offert un nouveau contrat de six mois, mais j'ai préféré de regagner Prague: il y avait dans les rues, la même atmosphère de liberté et de changement qu'à Paris. Mais ceux qui disaient qu'il ne fallait pas croire aux Soviétiques, avaient malheureusement raison", raconte-t-elle.

Dans la nuit du 20 au 21 août, l'éphémère espoir de démocratie disparait sous les chenilles des blindés.

"A trois heures du matin, ma mère a fait irruption dans ma chambre et m'a crié: +Marta, lève-toi, le pays est occupé!+ (...) Je n'aurais jamais cru que les Russes pouvaient nous occuper".

La chanteuse réagit à sa façon: elle enregistre sa célèbre "Prière pour Marta", une chanson allégorique appelant à la paix pour un peuple redevenu maître de son destin.

Après le limogeage de Dubcek, elle refuse de se soumettre au nouveau régime pro-brejnévien de Gustav Husak. Le pouvoir la punit par une interdiction professionnelle. Elle devra ensuite, pendant deux décennies, travailler comme ouvrière puis comme secrétaire.

Publié le: 19/04/2008 à 09:04:40 GMT Source : AFP
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