| Tournée printanière des Regragas: un ""pèlerinage"" assez particulier de 38 jours et 44 étapes |
|
ESSAOUIRA (MAP) - Les chorfas regraguiyines sont arrivés, jeudi, à Essaouira dans le cadre de leur tournée printanière (daour) de 38 jours et qui comprend 44 étapes à travers les tribus Chiadma. |
Le daour, qui fait partie du patrimoine religieux et culturel de la province d'Essaouira, a débuté officiellement le 23 mars dernier à la zaouia de Sidi Ali Ben Bouali, à environ 50 km de la Cité des Alizés. Il dessine sur le territoire des Chiadma deux grandes boucles équivalentes de 19 jours chacune.
Les pèlerins de ce moussem exceptionnel et unique au Maroc, ont été accueillis par une foule nombreuse de Souiris qui accompagnent cette procession à partir de la ""Mzara"" des Regragas, lieu qui constitue traditionnellement le point de départ de leur cortège religieux (au nord de la cité des alizés), vers la mosquée-sanctuaire.
La vedette de ce cortège est incontestablement la fameuse ""laâroussa"" (la fiancée ou la mariée) qui n'est en réalité que le fils du moqadem des regragas, vêtu de djellaba et de bournous blancs et montant une jument blanche.
Tout le long de ce trajet, des troupes gnaouies de la ville accompagnent ""laâroussa"" qui ne cesse de recevoir des offrandes des accompagnateurs enchantés. ""Laâroussa"" est devancée par des membres de la ""taïfa"" des regragas transportant un coffre en bois contenant les offrandes en espèces reçues tout au long de leur procession.
Ces offrandes, qui peuvent être également en nature, proviennent de gens ordinaires et parfois de chefs d'entreprises situés au quartier Jrifat (zone industrielle) par lequel passe le cortège, pour se rendre à la mosquée-zaouia des Regragas sise à la Médina près de Bab Doukkala. En échange, les Regragas donnent leur ""Baraka"" qui permet, selon le chercheur Souiri Abdelkabir Namir, de faire pousser les semailles, de garantir une bonne récolte et de guérir les malades et les femmes stériles.
Cette opération facilitant la croissance de la nature est appelée ""Tamarsit"". Elle est comparée par Abdelkader Mana, sociologue, à la caprification (fécondation) des figuiers femelles.
Les autorités locales ont pris toutes les dispositions nécessaires pour que ce moussem se déroule dans de bonnes conditions. Auparavant, les pèlerins avaient fait escale à Moulay Bouzerktoun (à une vingtaine de kilomètres d'Essaouira) appelé aussi ""Moula Dourain"" (deux tours), car les regraga y séjournent deux fois durant leur périple qui s'achèvera, début mai, à Sidi Messaoud Boutritiche, dans la commune de Had Dra (30 km d'Essaouira).
Ce daour comprend essentiellement deux étapes: La première se déroule dans la plaine côtière des Chiadma (le sahel) et la deuxième a lieu à l'Est de Jbel Lahdid. A chaque étape, une fête foraine et un souk s'installent près des sanctuaires visités par les Regragas.
Les Regragas doivent reprendre chemin, vendredi après-midi, pour accomplir une autre étape de ce pèlerinage assez particulier au cours duquel les chorfas visitent 44 sanctuaires, parmi lesquels figurent essentiellement les sanctuaires des sept saints présentés comme leurs ancêtres et qui, selon certains récits, ""ont été reçus à la Mecque par le prophète Sidna Mohammed qui les a chargés de la mission d'islamiser les berbères qui habitaient la région actuelle des Chiadma"".
""Revenus chez eux, ils ont effectué une tournée dans le pays Chiadma, comme ils le font aujourd'hui, pour y étendre l'islamisation et vérifier qu'elle tenait bien"", écrit à ce propos George Lapassade dans son ouvrage ""Regard sur Essaouira"". |
| Publié le: 05/04/2007 à 17:54:14 GMT |
Source : MAP |
|
|