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Le pénible chemin des otages de Colombie pour revenir à une vie normale
Ingrid Betancourt (c), priant, et onze autres otages de Colombie libérés, le 2 juillet 2008 à Bogota (© AFP/Archives - Rodrigo Arangua)
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BOGOTA (AFP) - L'euphorie, la prise de conscience des épreuves passées, puis le retour à la vie professionnelle et familiale constituent les trois étapes obligées que vont connaître les ex-otages de Colombie, dont Ingrid Betancourt libérée mercredi après six ans de captivité, selon les experts.
25% des otages qui ont subi un enlèvement prolongé dans des conditions éprouvantes gardent des séquelles psychologiques parfois irréversibles, affirment les experts.

"Il va toujours rester des traces, pas toujours pathologiques, mais (il y aura) toujours des changements", explique à l'AFP Olga Gomez, directrice de "Pays libre", une ONG spécialisée dans l'aide psychologique aux personnes enlevées et à leurs familles.


Détenus dans des conditions inhumaines, les otages aux mains de la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, marxistes) sont restés prisonniers parfois jusqu'à dix ans, souvent enchaînés, humiliés et malades.

"La perte du contrôle de sa vie" donne aux victimes une sensation de vulnérabilité, explique Mme Gomez.

"Ils sortent de captivité, manquant de confiance", souffrant d'insomnie et de peur du lendemain. Les changements dans les liens affectifs font partie des problèmes que doivent également surmonter les otages dans les premiers jours, note la spécialiste.

Toutefois, la capacité de résistance dépend souvent de sa "propre histoire" antérieure, relève-t-elle en citant les tendances dépressives, les problèmes conjugaux et familiaux, etc...

Pour résister, la foi religieuse est souvent un atout.

"Si on ne s'accroche pas à quelque chose, on meurt. Rien ne parvient là-bas dans la jungle, sinon Dieu", souligne Mme Gomez.

Elle explique ainsi les références à Dieu omniprésentes dans les premières déclarations d'Ingrid Betancourt, que l'on a vue prier en public et se signer fréquemment, ainsi que les comportements des autres otages.

L'ex-candidate écologiste à la présidentielle en Colombie a affirmé que la "spiritualité" l'avait aidée à ne pas sombrer dans "l'abîme" à la suite des tortures et humiliations infligées par ses geôliers.

"J'ai senti la tentation de s'abandonner aux comportements démoniaques (...) je crois qu'il faut garder une grande spiritualité" pour résister, a confié la Franco-Colombienne, aujourd'hui âgée de 46 ans.

Juste après la libération, suit une première phase d'euphorie. Les 15 otages libérés, dont trois Américains et onze policiers et militaires colombiens, ont traversé dans "un état second" leur première journée de liberté, pleins d'énergie, comme l'a décrit Ingrid Betancourt, qui a évoqué déjà songer à divers projets.

"Nous avons couru comme des fous d'un côté à l'autre, on n'a presque pas pu dormir", a déclaré le sous-officier William Perez, un otage qui a soigné Ingrid dans la jungle grâce à ses connaissance médicales.

"Il y a peu de vie privée durant les premiers mois", explique Mme Gomez.

Ensuite arrive la phase d'"évaluation": savoir ce qui demeure, ce qu'on a perdu, comment s'est transformée la famille. C'est le moment de rassembler beaucoup d'informations provenant des amis et des proches" pour "combler le vide" dû à l'absence.

Le plus dur, c'est quand après quatre ou cinq mois, il faut se "réadapter" à une vie nouvelle, se réinsérer au travail et reprendre sa place dans sa famille.

Alors, pour certains commence une période de "rage profonde" qui généralement se projette contre la famille, l'Etat, les enfants, conclut la psychologue.

Publié le: 05/07/2008 à 09:51:49 GMT Source : AFP
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