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Mauritanie: la junte parle de démocratie mais réprime une manifestation
Le général Mohamed Ould Abdel Aziz, chef de la junte militaire qui a renversé le président mauritanien, salue ses partisans le 7 août 2008 à Nouakchott (© AFP - Stringer)
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NOUAKCHOTT (AFP) - Le général Mohamed Ould Abdel Aziz, chef de la junte qui a renversé mercredi le président mauritanien, s'est posé jeudi en défenseur de la démocratie à l'issue d'une marche organisée pour le soutenir, alors que la police dispersait une manifestation dénonçant le coup d'Etat.
Au plan international, la pression s'accentuait sur la junte pour qu'elle remette en liberté le président Sidi Ould Cheikh Abdallahi et son Premier ministre Yahya Ould Ahmed Waghf.

Les Etats-Unis ont annoncé jeudi avoir suspendu leur aide bilatérale non-humanitaire à la Mauritanie. "Actuellement, toute aide américaine non-humanitaire est suspendue et en cours d'examen", a déclaré à la presse un porte-parole du département d'Etat, Gonzalo Gallegos.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, le conseil de 11 militaires dirigé par le général Ould Abdel Aziz avait annoncé avoir "mis fin au pouvoir du président" élu en mars 2007. Il avait promis une élection présidentielle "libre et transparente" dans "une période qui sera la plus courte possible".

Une marche organisée en soutien aux putschistes a réuni jeudi à Nouakchott quelques centaines de véhicules et un millier de personnes qui ont défilé aux cris de "Aziz! Aziz!".

Le nouvel homme fort de Nouakchott a choisi de faire sa première apparition publique à la fin de ce rassemblement, où ses portraits géants étaient exhibés.

"Je m'engage à résoudre tous les problèmes qui se posent au pays, à faire régner la justice et l'égalité", a alors déclaré le militaire de 52 ans, coiffé d'un béret vert.

Puis il a affirmé: "Les forces armées demeureront au côté du peuple pour l'ancrage de la démocratie, ce sont elle qui l'ont apportée, elles s'engagent à y veiller".

Mais, quasiment au même moment, la police a dispersé "à coups de grenades lacrymogènes" un rassemblement en faveur du chef de l'Etat renversé, selon le secrétaire général du parti présidentiel, Mohamed Mahmoud Ould Dahmane.

"Nos militants étaient des centaines mais ils n'ont pas pu se regrouper", a-t-il affirmé à l'AFP, en protestant: "Ils autorisent une manifestation en leur faveur et répriment l'autre".

Cette manifestation contre le putsch était organisée par quatre partis politiques constitués en Front national pour la défense de la démocratie.

Dans son premier communiqué, ce Front a affirmé que Sidi Ould Cheikh Abdallahi restait le "seul et unique président légitime" et a invité les militaires "à regagner leurs casernes".

Premier président démocratiquement élu depuis l'indépendance du pays en 1960, le chef de l'Etat avait été arrêté mercredi juste après avoir annoncé le limogeage du général Ould Abdel Aziz et d'autres officiers supérieurs.

L'Union africaine a "exigé" la libération du président et "des autres personnalités arrêtées", ainsi que le "rétablissement sans délai des institutions que le peuple mauritanien s'est démocratiquement choisi".


A Bruxelles, la Commission européenne a demandé la libération du président et du Premier ministre, comme préalable à l'organisation de nouvelles élections.

"Nous ne disons pas que nous souhaitons de nouvelles élections, mais nous prenons note de l'annonce faite par les militaires", a précisé, embarrassé, le porte-parole John Clancy.

L'Egypte s'est dite "consternée" par le coup d'Etat, tandis que la Ligue arabe faisait part de son "extrême" inquiétude. Une délégation de la Ligue arabe se rendra d'ailleurs vendredi en Mauritanie pour tenter une "approche diplomatique directe avec les différentes parties".

Quant à la France, ancienne puissance coloniale, elle a "réaffirmé, à titre national, sa totale condamnation du coup d'Etat inacceptable" et a menacé la junte de "conséquences sur les relations" de ce pays avec l'Union européenne s'il n'y avait pas de "retour à la légalité constitutionnelle".

Paris "rejette" le "principe de nouvelles élections présidentielles" et souligne que le président Abdallahi, "élu démocratiquement en mars 2007", est "le président légitime de la Mauritanie", selon un communiqué de la présidence française.

Publié le: 07/08/2008 à 20:20:10 GMT Source : AFP
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