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Le Maroc épargné par les troubles sociaux, mais pas à l'abri
RABAT (AFP) - Le Maroc doit à une "certaine ouverture politique" d'avoir largement échappé aux troubles sociaux qui ont secoué ses voisins et mené à la "Révolution du jasmin" en Tunisie, même s'il n'est pas à l'abri d'une possible contagion, estiment des experts.
Il y a "beaucoup de parallèles entre le Maroc et la Tunisie: mêmes structures démographiques, mêmes demandes des jeunes sur le marché du travail", déclare à l'AFP Mohamed Tozy, professeur de sciences politiques à l'université Hassan II de Casablanca, notant aussi des "problèmes de gouvernance" dans les deux pays.

Le Maroc, où les événements de Tunisie ont été suivis avec attention, connaît lui aussi des mouvements de protestation de jeunes diplômés chômeurs: le détonateur en Tunisie de la révolte ayant conduit à la chute du président Ben Ali.


Certains de ces diplômés sans emploi manifestent régulièrement depuis des années devant le parlement à Rabat, réclamant d'entrer dans la fonction publique.

"On peut dire que le Maroc a été pionnier sur ce plan. Les premières associations de jeunes diplômés chômeurs ont vu le jour dans les années 1990. On a vu se structurer un mouvement avec des sit-in, des marches de protestation et même des tentatives de suicide", remarque Mohamed Madani de l'université de Rabat.

Mais cela "n'a pas généré de mouvement comparable à ce qui s'est passé en Tunisie", souligne ce spécialiste de sciences politiques.

Singularité tunisienne, les jeunes, fer de lance de la révolte, sont plus touchés par le chômage que leurs voisins algériens et marocains, souligne Khadiga Mohsen Finan, enseignante et chercheuse à l'université Paris VIII.

En Tunisie, un diplômé sur trois n'a pas de travail. Au Maroc c'est nettement moins: autour de 18%, précise-t-elle. Le taux de chômage global est passé en 2010 de 9% à 10%, selon me Haut commissariat marocain au plan.

Autre élément important, relève la chercheuse: du fait de la "mauvaise gouvernance" aggravée par les effets de la crise mondiale, le "contrat social entre les classes moyennes et le pouvoir tunisien s'est délité", faisant perdre toute légitimité au président.

Le Maroc en revanche ne connaît pas de problème de légitimité, la monarchie servant d'élément fédérateur, soulignent les trois analystes interrogés par l'AFP.

Il y a en outre "une certaine ouverture du jeu politique (...) le pouvoir n'est pas isolé", dit M. Madani.

La monarchie a créé un "espace public qui n'est pas parfait mais qui existe", insiste Mme Finan. "Il y a des journaux, il y a un pluralisme qui a toujours existé et qui a été renforcé lorsque le pouvoir a reconnu un parti islamiste à partir de 1998".

Pour autant, le pays - où les inégalités demeurent fortes - n'est pas à l'abri de mouvements sociaux et d'éventuelles violences. "Il y a un vrai problème de gouvernance et cela peut provoquer des expressions de contestation populaires aussi violentes que ce qu'on a vu en Tunisie", estime M. Tozy.

En juin 2008, des affrontements entre forces de l'ordre et jeunes chômeurs à Sidi Ifni (sud-ouest) avaient fait 44 blessés dont 27 parmi les policiers.

La récente multiplication des tentatives d'immolation par le feu dans plusieurs pays arabes dont l'Egypte et l'Algérie après les événements tunisiens n'a pas échappé aux autorités marocaines.

Selon le quotidien arabophone Assabah, le ministère de l'Intérieur a ainsi demandé aux autorités locales de "ne pas provoquer les citoyens afin d'éviter que l'un d'eux ne s'immole". "Des instructions ont aussi été données de ne pas vendre l'essence aux personnes qui ne sont pas motorisées".

En outre, le Maroc et d'autres pays de la région inquiets d'une éventuelle contagion tunisienne, viennent de lancer des appels d'offre pour l'achat d'importantes quantités de céréales pour éviter d'éventuelles émeutes de la faim.

Publié le: 19/01/2011 à 20:04:14 GMT Source : AFP
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