| Les marchés financiers retombent dans le rouge après l'euphorie Obama |
|
TOKYO (AFP) - Les marchés d'Asie sont lourdement retombés dans le rouge jeudi, à l'instar de Wall Street, la glauque réalité de la crise financière reprenant le dessus après l'euphorie déclenchée la veille par le triomphe du démocrate Barack Obama à l'élection présidentielle aux Etats-Unis.Evénement |
"Les investisseurs ont bradé leurs actions. On dirait qu'ils se sont réveillés et se sont aperçus que l'arrivée de Barack Obama à la Maison Blanche ne va pas tout transformer du jour au lendemain", a ironisé Lee Sun-Yup, analyste chez Goodmorning Shinhan Securities à Séoul.
Après avoir flambé de 11% au total au cours des deux séances précédentes, la Bourse de Tokyo a dégringolé de 6,53% en clôture. Après cette séance de prise de bénéfices, "le marché attend désormais de voir quelles mesures économiques concrètes (M. Obama et son équipe) sortiront de leur chapeau", a déclaré Masatoshi Sato, courtier chez Mizuho Investors Securities à Tokyo, selon qui "les investisseurs tournent les yeux vers les vrais malheurs de l'économie".
Les autres marchés asiatiques, qui avaient succombé mercredi à l'"Obamania" et à l'ivresse acheteuse ont également subi les affres de la gueule de bois. Séoul a terminé sur un plongeon de 7,56%, sourd à l'annonce par les autorités boursières locales de la création d'un fonds de 515 milliards de wons (300 millions d'euros) pour stabiliser le marché en achetant des actions. A la mi-séance, Hong Kong dévissait de 6,41%, Shanghai de 2,50%, Jakarta de 4,09% et Bangkok de 2,59%. Vers 05H55 GMT, Singapour perdait 3,48% et Bombay 3,44%. Sydney a clôturé en baisse de 4,31%, Taipei de 5,71% et la Nouvelle-Zélande de 1,59%.
Mercredi soir, l'indice Dow Jones de la Bourse de New York avait cédé 5,05% et le Nasdaq 5,53%, se dégonflant après une forte hausse la veille, alors que de nouveaux indicateurs rappelaient que le président Obama allait devoir faire face à une situation économique très dégradée aux Etats-Unis.
Le secteur privé américain a ainsi perdu 157.000 emplois en octobre, après en avoir supprimé 26.000 en septembre. Et l'activité dans les services aux Etats-Unis s'est contractée en octobre, selon l'indice ISM des directeurs d'achats du secteur. Ces chiffres laissent présager de mauvaises nouvelles sur le front des statistiques de l'emploi, dont la publication vendredi est attendue avec inquiétude par les investisseurs.
En Europe également, les clignotants économiques sont au rouge. Les ventes du commerce de détail dans la zone euro ont reculé de 1,6% sur un an en septembre. Et l'indice composite des directeurs d'achat (PMI) dans la zone euro a enregistré en octobre sa plus forte baisse mensuelle depuis juillet 1998. Les Bourses européennes ont pour la plupart clôturé en baisse mercredi.
Pour la deuxième fois en un mois, la Banque centrale européenne (BCE) devait selon toute probabilité abaisser nettement son principal taux directeur jeudi afin de rassurer les marchés et donner un peu d'air à l'économie. Les analystes pronostiquent une réduction d'un demi-point à 3,25%.
La Banque d'Angleterre (BoE) devrait elle aussi opter jeudi pour une baisse de son taux directeur, qui est actuellement de 4,50%. Certains économistes espèrent même une baisse d'un point de pourcentage, ce qui serait une première depuis seize ans. La Réserve fédérale américaine, la Banque du Japon et la banque centrale australienne ont déjà abaissé le loyer de l'argent ces derniers jours.
Les grands acteurs du capitalisme mondial continuaient à prendre leurs marques en vue du sommet du G20 (principaux pays industrialisés et émergents) sur la réforme du système financier, le 15 novembre près de Washington, auquel le président élu Obama pourrait participer.
L'administration Bush a jugé probable que les dirigeants du G20 s'entendent sur un "plan d'action" à court terme face à la crise, et pas seulement sur de grands principes généraux. Ces mesures viseraient à accroître la transparence financière, la gestion des risques, la coordination entre les régulateurs et même à adopter des règles plus cohérentes, par exemple quand il s'agit de comptabilité et de capitalisation, selon un responsable américain anonyme.
Un tel "plan d'action" plairait aux Européens, à commencer par les Français, qui réclament que le sommet de Washington produise des résultats concrets.
Ils veulent une réforme réelle et complète du système financier, une sorte de nouveau Bretton Woods, du nom des accords qui gouvernent depuis 1944 la finance internationale. Ils proposent une régulation plus vigoureuse et une forme de supervision mondiale des marchés, qui pourrait échoir au Fonds monétaire international (FMI).
Au Canada, un haut responsable du ministère des Finances a indiqué que son pays allait plaider le 15 novembre pour que chaque pays fasse le ménage chez lui plutôt que pour une refonte en profondeur du système financier mondial.
Les ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales du G20 doivent se retrouver ce week-end au Brésil pour préparer ce sommet et esquisser une vaste réforme de l'architecture financière mondiale ébranlée par la crise.
Le Fonds monétaire international (FMI) a approuvé mercredi un prêt de 16,4 milliards de dollars pour l'Ukraine, qui devient le premier pays à obtenir le déblocage des fonds promis en octobre à certains Etats en grande difficulté.
Sur le marché des changes, le yen continuait à grimper face au dollar et à l'euro. Mais la devise européenne reculait sensiblement face au billet vert, repassant largement sous 1,29 dollar jeudi après-midi dans les échanges asiatiques avant la probable baisse des taux de la BCE.
Les cours du brut poursuivaient leur repli en raison des craintes d'une baisse de la demande aux Etats-Unis, le premier consommateur mondial. Dans les échanges matinaux en Asie, le prix du baril de "light sweet crude" pour livraison en décembre perdait 27 cents à 65,03 dollars le baril.
|
| Publié le: 06/11/2008 à 06:59:33 GMT |
Source : AFP |
|
|