| Affaire Kazemi: la justice iranienne met subitement fin au procès |
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Le tribunal iranien chargé de juger le meurtrier présumé de la journaliste irano-canadienne Zahra Kazemi a mis subitement fin dimanche au procès, poussant le prix Nobel de la paix Shirin Ebadi à menacer de porter l'affaire devant un tribunal international. |
Après la décision inexpliquée du juge, qui avait refusé l'accès des diplomates occidentaux et des journalistes de la presse internationale à l'audience, Ottawa a décidé de rappeler son ambassadeur à Téhéran.
"Le juge n'aurait pas dû clore l'affaire. Nous quittons le tribunal en signe de protestation", a déclaré à la presse furieuse Shirin Ebadi, qui dirige un collectif d'avocats représentant la famille de Kazemi.
"Nous avons plusieurs moyens légaux pour défendre les droits de nos clients et, en conformité avec la loi, si le client le demande, nous porterons l'affaire devant un tribunal international", a-t-elle dit.
"Je ne suis pas surpris, ça fait longtemps qu'on anticipait cette manoeuvre", a déclaré sur la chaîne Radio-Canada le fils de Zahra Kazemi, Stephan Hachemi, qui vit à Montréal.
Des journalistes iraniens admis au tribunal ont indiqué que le juge avait mis fin au procès après avoir refusé d'entendre davantage l'argumentation de Mme Ebadi et des autres avocats.
"Ce procès est injuste et le verdict qui sera prononcé est inéquitable", a ajouté Mme Ebadi. "Le parquet a abandonné les charges contre le vrai coupable et accuse un innocent".
Samedi, les collègues de Shirin Ebadi ont accusé Mohammad Bakhshi, un responsable de la justice travaillant à la prison d'Evine d'avoir frappé mortellement Zahra Kazemi, une thèse que le parquet a rejetée.
La justice accuse elle un agent des Renseignements Mohammad Reza Aghdam Ahmadi, qui avait participé aux interrogatoires de la journaliste et qui doit répondre d'une accusation de meurtre "quasi intentionnel".
Le président du tribunal a également refusé d'appeler à la barre les témoins demandés par l'équipe de Mme Ebadi, notamment les ministres des Renseignements et de la Culture, le procureur général de Téhéran et le directeur de la prison d'Evine.
"Je suis certain que mon client sera innocenté. Nous pensons que le coup mortel porté à la tête de Zahra Kazemi a été donné le premier jour de sa détention", a déclaré pour sa part Ghassem Chabani, l'avocat de M. Ahmadi.
Zahra Kazemi est morte en juillet 2003 à l'âge de 54 ans après avoir été frappée à la tête alors qu'elle était en détention pour avoir photographié les alentours d'Evine.
Le président du tribunal a aussi suscité la colère de diplomates occidentaux, l'ambassadeur du Canada, Philip Mackinnon, celui des Pays-Bas, Hein De Vries, ainsi que des diplomates français et britanniques, qui voulaient assister à l'audience en leur interdisant l'entrée et en refusant la présence de journalistes de la presse internationale.
"Cela va à l'encontre de toutes les assurances qu'on nous a données sur le caractère transparent du procès. C'est un sérieux coup pour les droits de l'Homme", a dit un diplomate.
Le Canada n'a d'ailleurs pas tardé à rappeler son ambassadeur, alors que l'organisation de défense de la liberté de la presse Reporters sans frontières (RSF) s'est déclarée "indignée par la mascarade de justice de Téhéran" et a estimé que "les autorités iraniennes méritent d'être sanctionnées".
Le ministère iranien des Affaires étrangères n'était pas en mesure d'expliquer la brusque volte-face de la justice. "Je ne sais pas pourquoi ils n'ont pas autorisé les diplomates étrangers à assister au procès. Peut-être n'y a-t-il pas de place pour eux ou étaient-ils arrivés en retard", a déclaré à la presse Hamid Reza Asséfi, porte-parole du ministère.
"Zahra Kazemi était une citoyenne iranienne. Il est absurde pour le Canada d'affirmer qu'elle était canadienne. Cela n'a aucun sens d'avoir un représentant canadien dans la salle", a-t-il ajouté.
Le président du tribunal devrait prononcer son jugement d'ici une semaine.
AFP |
| Publié le: 18/07/2004 à 19:20:56 GMT |
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