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Italie: fort de son immunité, Berlusconi veut remettre les magistrats au pas
Le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi, le 15 juillet 2008 à Rome (© AFP/Archives - Tiziana Fabi)
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ROME (AFP) - Fort de son immunité pénale, qui devait être votée définitivement mardi soir par le Sénat, le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi paraît bien décidé à remettre les magistrats au pas avec une grande réforme de la justice annoncée pour l'automne.
Le vote de ce texte dénoncé par la gauche est une formalité, le gouvernement disposant de la majorité absolue à la Chambre des députés, qui l'a adopté le 10 juillet dernier, comme au Sénat.

"Aux critiques qui ont mis en cause la rapidité avec laquelle ce projet a été présenté", peu après le retour au pouvoir à la mi-mai du Cavaliere, "je réponds que ce texte n'est ni trop prématuré, ni trop tardif, il est juste", a déclaré le ministre de la Justice Angelino Alfano (bien Angelino) devant les sénateurs.


L'opposition a dénoncé comme un "privilège" un texte qui suspend les poursuites judiciaires contre les quatre plus hauts responsables de l'Etat - président de la République, chef du gouvernement, les présidents des deux chambres - mais qui intéresse avant tout Silvio Berlusconi.

Il permettra au richissime homme d'affaires poursuivi une dizaine de fois mais jamais condamné définitivement de ne plus être inquiété par les juges pendant la durée de son mandat de 5 ans.

Son procès actuellement en cours à Milan (nord) pour corruption de témoin sera suspendu.

Fort de cette protection qu'il n'avait pas réussi à obtenir au cours de ses deux précédents gouvernements, le Cavaliere a annoncé une réforme en profondeur de la Justice à la rentrée.

L'objectif est d'accélérer le cours des procès, parmi les plus longs en Europe, mais aussi de s'attaquer aux pouvoirs jugés excessifs des magistrats.

"Cette fois, Berlusconi est absolument décidé à aller jusqu'au bout. C'est une priorité personnelle, après il passera aux autres dossiers. Il veut aller vite en profitant de l'état de grâce dont il bénéficie encore et de la décomposition de l'opposition", indique le politologue Marc Lazar, spécialiste de l'Italie.

Une réforme de la composition du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), l'organe suprême de la profession inquiète plus particulièrement les juges qui n'y seraient plus majoritaires, leur nombre étant réduit au profit des personnalités élues par le Parlement.

"Le CSM nomme les juges et gère leurs carrières. Modifier sa composition est dangereux et déboucherait sur une perte d'indépendance", déclare à l'AFP Edmondo Brutti Liberati, l'ancien président de l'Association nationale des magistrats (ANM), principal syndicat de la profession.

Pour la droite au pouvoir, le CSM est avant tout un organe corporatiste axé sur la seule défense de la profession, au mépris de l'intérêt des justiciables.

Récemment traité de "cloaque" par le sénateur de droite Maurizio Gasparri, il est présidé par le chef de l'Etat.

Alors que les magistrats italiens jouissent d'une indépendance totale, y compris au parquet, un héritage de l'après-guerre qui a voulu prévenir les dérives de l'époque fasciste, le gouvernement a également l'intention d'établir des priorités dans les infractions devant être poursuivies pour unifier la politique pénale.

"Il y a incontestablement un désir de reprise en mains", conclut l'ancien président de l'ANM, une situation favorisée par la propagande de Berlusconi contre les juges "rouges" mais aussi "la crise d'efficacité" de la justice, reconnaît-il.

Publié le: 22/07/2008 à 14:53:36 GMT Source : AFP
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