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L'Hôtel Chelsea, refuge menacé pour les survivants de la bohème new-yorkaise
La façade de l'Hôtel Chelsea à New York, le 25 juin 2007 (© AFP - Timothy A. Clary)
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NEW YORK (AFP) - Pour tuer un lieu aussi mythique que l'Hôtel Chelsea, bastion de la culture underground new-yorkaise situé dans Manhattan, il existe un moyen encore plus efficace que la démolition: la rénovation.
C'est en tout cas ce que pensent ses résidents, qui, successeurs de Dylan Thomas ou de Madonna, attachés aux fantômes d'Andy Warhol ou d'Arthur Miller, ne se résignent pas aux changements promis par l'arrivée d'un nouveau gestionnaire.

"Les barbares sont aux portes, c'est la fin d'une époque", commente Debbie Martin, installée là depuis 12 ans et résidente permanente comme environ deux tiers des occupants.

Dans le hall du bâtiment de brique rouge de la 23e Rue, on ne parle plus que de cela: les "barbares" veulent la tête de Stanley Bard, 73 ans, administrateur, gardien du temple, confident.

Copropriétaires des lieux, les Bard gèrent depuis la Seconde guerre mondiale cet hôtel de 250 chambres construit à la fin du 19e siècle au coeur de ce qui était alors le quartier des théâtres. Ce sont eux qui en ont fait ce havre mythique pour les artistes, les écrivains, les marginaux.

Selon Mme Martin, la société BD Hotels, désignée comme nouveau gestionnaire par les autres copropriétaires, "veut créer une version aseptisée de l'Hôtel Chelsea. C'est une honte, parce qu'ici se déroule l'histoire réelle, pas la fausse, à la Disney".

Pour Marlene Krauss, copropriétaire, l'intervention de BD Hotels est la meilleure solution: "Personne ne pourrait mieux relever le double défi de la modernisation et de la préservation du charme et du caractère historiques de l'hôtel", explique-t-elle dans un communiqué.

M. Bard, lui, résiste: "Cela fait 50 ans que je suis ici et cet hôtel est ma vie. Je me bats pour mes droits et mes habitants, qui sont parmi les plus merveilleux et les plus créatifs au monde", dit-il sur le blog de l'hôtel.

Le hall de l'Hôtel Chelsea à New York le 25 juin 2007 (© AFP - Timothy A. Clary)
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A la fois refuge et source d'inspiration, l'endroit a vu défiler Frida Kahlo, Willem De Kooning, Henri Cartier-Bresson, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Mark Twain, Stanley Kubrick, Edith Piaf, Allen Ginsberg. La fiancée de Sid Vicious y mourut poignardée en 1978, et Arthur C. Clarke y imagina son "2001, Odyssée de l'Espace".

"Viva en particulier me manque. Elle a déménagé en Californie, elle peint des paysages", dit Merle Lister, résidente depuis 26 ans, à propos de Viva, pilier de l'entourage d'Andy Warhol dans les années 60. "Qu'ils nous laissent vivre", dit Mme Lister, ancienne chanteuse et actrice.

Depuis sa retraite californienne, Viva a d'ailleurs envoyé un message de soutien: "Sans Stanley, le Chelsea perd son âme et la 23e Rue peut dire bonjour au Nouvel ordre mondial où le profit est la seule vertu".


Les résidents sont particulièrement préoccupés par l'évolution des loyers, actuellement fixés au taux modeste d'environ mille dollars pour un studio.

"Je me soucie du sort de certains artistes parmi les plus âgés. Le fait que certains ont du mal à payer leur loyer n'est pas un secret", dit Mme Martin. "New York a besoin de toutes sortes de gens, surtout les créatifs, si elle veut garder ce caractère incisif qui suscite l'admiration du monde".

Pourtant la bohème a depuis longtemps déjà commencé à quitter Manhattan, et le quartier a bien changé autour de l'hôtel, qui lui-même facture 235 à 485 dollars la chambre double aux touristes de passage.

Restent cependant les oeuvres de ses résidents, célèbres ou pas, qui, quoi qu'il advienne des murs, feront toujours vivre le Chelsea, bien vivant dans la littérature de Jack Kerouac comme dans les chansons de Joni Mitchell ou Bob Dylan.

Publié le: 26/06/2007 à 09:47:42 GMT Source : AFP
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