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Haïti, exemple extrême de déforestation et de perturbation du cycle de l'eau
De l'eau stagnant dans les rues de Gonaïves, le 11 mars 2009 (© AFP - Isabelle Ligner)
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GONAIVES (AFP) - Les collines lunaires qui entourent les Gonaïves (nord de Haïti) offrent un exemple extrême de déforestation qui perturbe gravement le cycle de l'eau et favorise les catastrophes naturelles dans le pays le plus pauvre du continent américain.
"En Haïti, le problème environnemental majeur c'est l'arrachage des arbres qui accélère le ruissellement de la pluie sur le sol, l'empêche de pénétrer la terre et conduit les sources à perdre leur débit et à se tarir", résume Prosper Saint-Louis, spécialiste en eau et assainissement pour Action contre la Faim (ACF).

Aux Gonaïves, l'absence d'arbres sur les mornes, des collines escarpées qui entourent la quatrième ville haïtienne, transforme les pluies en torrents qui dévalent dans le bassin versant, favorisant les coulées de boue et lessivant les terres arables. En août et septembre 2008, la ville a subi quatre cyclones et tempête meurtriers qui l'ont englouti sous 2,6 millions de tonnes de boue.

Sur cette île calcaire qui bénéficie donc en abondance d'eau souterraine, seulement 10% de l'eau qui tombe reste dans les sols.

Depuis 1975, les surfaces cultivables ont diminué de moitié en Haïti alors que plus de 70% de la population pratique une agriculture de survie et 80% vit avec moins de 2 dollars par jour.

Christophe Wargny, l'un des meilleurs spécialistes d'Haïti parle d'un des "pires exemples au monde de désastre écologique".

Au 15e siècle, lorsqu'elle fut découverte par Christophe Colomb, l'île d'Hispaniola était couverte à 80% de forêts composées de dizaines d'espèces: cocotiers, manguiers, papayers, acajous, flamboyants, tamariniers ...

Au début du 21e siècle, côté haïtien, ce taux est passé à moins de 1,5%, côté dominicain à quelque 30%. Vu du ciel, le contraste entre les deux pays qui se partagent l'île est saisissant.

Les débuts de la déforestation remontent en fait à la colonisation. Au 18e siècle, les planteurs, négociants en épices, sucre, café et indigo ont éliminé massivement les arbres et exploité les sols jusqu'à l'épuisement. Pendant la Seconde guerre mondiale, les compagnies américaines accélèrent le déboisement en défrichant pour planter sisals et hévéas pour les besoins de l'économie de guerre.

Outre l'exploitation industrielle des arbres qui a fait disparaître les bois précieux sous la dictature des Duvalier, la déforestation massive a également été provoquée par la pauvreté.

"Nous savons qu'il ne faut pas détruire les arbres", assure en créole Justine Saint-André, une agricultrice des environs des Gonaïves, venue vendre sur un marché local de petits sacs de charbon. "Mais comme beaucoup d'autres, ma famille n'arrive pas à survivre avec notre lopin de terre", souligne-t-elle.

Le charbon sert de combustible en l'absence de toute politique énergétique nationale qui privilégierait le gaz comme c'est le cas en République dominicaine.

"C'est un véritable cercle vicieux: la pauvreté pousse les gens à couper les arbres, cela détériore la terre, l'eau et les conditions de vie et crée encore plus de misère", dit M. Saint-Louis. Face à l'ampleur du phénomène les timides programmes de reboisement ne font pas le poids.

Arsène Vidal est un paysan de 60 ans du village de Dociné, dans la périphérie des Gonaïves. Il se souvient avec nostalgie de sa jeunesse lorsque "traverser les épaisses forêts entre Terre-Neuve et les Gonaïves était à la fois un bel apprentissage de la nature et une aventure dangereuse à cause des brigands qui s'y cachaient".

"En tuant les arbres", conclut-il, "nous avons tué l'avenir".

Publié le: 18/03/2009 à 12:45:10 GMT Source : AFP
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