| Gabon: "les milliards de Mamboundou", ou l'embarras de l'opposant radical |
| LIBREVILLE (AFP) - Son image d'opposant radical en a pris un coup. Depuis qu'il a obtenu du président gabonais Omar Bongo Ondimba une cagnotte pour le développement de son fief électoral, Pierre Mamboundou doit se défendre d'avoir "embrassé" un système qu'il a toujours condamné. |
C'est le chef de file de l'opposition lui-même qui l'a révélé, il y a un mois: lors d'une visite au palais présidentiel du Bord de mer en août, il a demandé au chef de l'Etat une enveloppe de 11,328 milliards de francs CFA (17,27 millions d'euros) pour financer 21 projets à Ndendé, la petite ville du sud du Gabon dont il était à l'époque le maire.
Le président Bongo, souvent prêt à délier les cordons de la bourse au profit de ses visiteurs, a acquiescé, et 3 milliards ont été débloqués dès décembre au titre du budget 2006.
Depuis, la presse s'interroge sur "les milliards de Mamboundou" et se demande s'ils ne servent pas "de manière déguisée à corrompre l'opposant".
Selon le quotidien gouvernemental L'Union, les modalités d'attribution de l'enveloppe "n'obéissent pas (...) aux règles de l'orthodoxie financière dont le président de l'Union du peuple gabonais (UPG) s'est toujours fait le chantre, jusqu'à ce qu'il foule l'épaisse moquette du bureau du chef de l'Etat".
Le député de Ndendé s'étrangle à la lecture de ces accusations.
"Tout est transparent", jure-t-il à l'AFP en égrenant les projets financés par l'argent déjà décaissé, de la construction d'un centre médical à l'installation d'équipements de réception des fréquences télévisées, en passant par l'achat de deux pick-up destinés à la gendarmerie locale et qui trônent, pour l'heure, dans la cour du siège librevillois de l'UPG.
Il n'a rien empoché personnellement, assure-t-il.
"Il est vraisemblable qu'il n'ait rien touché en personne, puisqu'il s'agit d'une dotation budgétaire en faveur d'une commune", reconnaît un connaisseur des moeurs politiques gabonaises.
"Mais en allant au Bord de mer demander de l'argent, fût-ce pour sa ville, il est rentré dans le rang, il a embrassé le système qu'il dénonçait", poursuit sous couvert de l'anonymat ce haut fonctionnaire proche du pouvoir.
Après s'être longtemps vanté de n'y avoir jamais mis les pieds, Pierre Mamboundou est devenu un familier du Bord de mer depuis son premier tête-à-tête avec le président Bongo, le 19 avril 2006.
A l'époque, il s'agissait d'apaiser les tensions nées de la réélection triomphale du doyen des chefs d'Etat africains, en novembre 2005. Mais en un peu plus d'un an, le chef de l'UPG a multiplié les visites, six au total.
"Il a toujours voulu apparaître comme un opposant pur et dur mais on voit bien que son ton vis-à-vis de Bongo s'est adouci" et que "son train de vie a changé", grince un autre membre de l'opposition.
Selon cet élu, "tout le monde dépend financièrement du chef de l'Etat, c'est comme ça qu'il a rallié à lui tous les opposants les uns après les autres".
Seule concession de M. Mamboundou à ses détracteurs, celle d'avoir utilisé, en demandant de l'argent au président, une méthode qu'il a toujours contestée. "C'est un système avec lequel nous ne sommes pas d'accord, mais il faut bien faire avec tant qu'il est au pouvoir si nous voulons développer nos localités", se justifie-t-il.
Volontiers enclin à détailler la gestion des "milliards de Ndendé", l'opposant se montre en revanche moins loquace lorsqu'on l'interroge sur les dédommagements promis par le chef de l'Etat après le raid policier musclé mené l'an dernier au siège de l'UPG.
"Je ne donne pas les chiffres", coupe-t-il: "nous sommes convenus de ne pas les donner, et je suis un homme de parole".
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| Publié le: 02/07/2007 à 10:47:45 GMT |
Source : AFP |
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