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Pour les fermiers éthiopiens, le changement climatique aggrave l'insécurité
LOKE (Ethiopie) (AFP) - Au milieu d'un groupe de jeunes hommes amaigris, Tuke Shika, fermier éthiopien, montre le ciel quand on lui demande pourquoi ses récoltes sensées le nourrir, ont grandement diminué cette année.
"Le temps a changé, ce n'est plus comme avant. Les pluies sont de plus en plus aléatoires, et nos récoltes de plus en plus minces", se plaint-il.

A Loke, à environ 350 km au sud de la capitale éthiopienne, Addis Abeba, d'immenses territoires, portant autrefois d'abondants épis de maïs, ne produisent plus que des pousses desséchées, bien que les pluies soient récemment tombées en abondance.


L'an passé M. Tuke avait récolté cinq tonnes de maïs, moitié moins cette année et comme plus de 2.000 personnes de ce district, il est confronté à un problème de soudure, mettant en péril sa sécurité alimentaire.

"Les gens ici souffrent: le bétail meurt et de plus en plus d'enfants succombent de malnutrition", confie-t-il.

Selon les experts, l'Afrique de l'Est est victime d'un des pires sécheresses depuis des dizaines d'années aggravée par le changement climatique, avec plus de 23 millions de personnes risquant la famine.

"Les pluies de belg (février à mai) ont été insuffisantes, et El Nino a affecté la grande saison des pluies de meher (juin à septembre). Cela met en péril la sécurité alimentaire pour le début 2010", indique Ted Chaiban, le représentant de l'Unicef pour l'Ethiopie.

Vingt-cinq ans après la terrible famine des années 80, qui avait fait au moins un million de morts en Ethiopie, le gouvernement du Premier ministre Meles Zenawi a reconnu que plus de six millions de personnes ont besoin d'aide alimentaire, sur une population de quelque 80 millions.

Il a lancé un appel pour 159.000 tonnes d'aide alimentaire (121 millions de dollars) pour nourrir ces affamés, dont selon les chiffres officiels, 80.000 enfants de moins de cinq ans.

Dans les années 80, la situation était différente: la dictature de Mengistu Haile Mariam opérant des déplacements forcés de populations et instrumentalisant l'aide alimentaire contre la rébellion. Mais aujourd'hui la crise alimentaire subsiste à une moindre échelle à cause de problèmes structurels.

Comme la géographie du pays, avec une majorité de la population vivant sur les hauts plateaux à au moins 2.000 mètres d'altitude, et cultivant souvent les mêmes produits depuis des centaines d'années, sans moyens modernes.

"90% des Ethipiens vient dans ces montagnes et notre présence a fragilisé l'équilibre précaire de cet environnement délicat, nos terres se dégradent rapidement, et nos vies avec", expliquait récemment Tewolde Berhan Gebre-Egziabher, patron de l'Agence fédérale de protection de l'environnement.

Les températures en Ethiopie pourraient augmenter en moyenne de 3,9 degrés d'ici à 2080, a indiqué l'ong Oxfam, ce qui fera de la sècheresse une "norme, frappant la région trois ans sur quatre au cours des 25 prochaines années".

La plupart des fermiers éthiopiens cultivent encore avec des charues et des animaux de trait, sur des terres non irriguées et épuisées.

Le Premier ministre éthiopien va présenter la position commune de l'Afrique, en décembre à Copenhague, aux négociations sous l'égide de l'Onu visant à trouver un accord mondial pour enrayer le réchauffement climatique.

L'Afrique estime qu'elle n'est qu'une victime du phénomène -- ses émissions de gaz à effet de serre étant inférieur à 4% -- et doit recevoir des indemnités ainsi que des aides pour faire face aux catastrophe écologiques et humaines à venir.

Publié le: 15/11/2009 à 11:11:43 GMT Source : AFP
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