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Etats-Unis: un juge ordonne la libération de détenus de Guantanamo
Photo d'un drapeau américain derrière des barbelés à Guantanamo, à Cuba, le 23 juillet 2008 (© AFP/Pool/Archives - Randall Mikkelsen)
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WASHINGTON (AFP) - Un juge fédéral a ordonné mardi que le gouvernement américain relâche, aux Etats-Unis, 17 Chinois Ouïgours détenus à Guantanamo depuis 2002, ouvrant une petite porte dans laquelle d'autres prisonniers pourraient s'engouffrer.
Il s'agit de la première décision, depuis l'ouverture de Guantanamo en 2002, de la justice civile américaine en faveur d'une libération sur le sol américain, une option qui a toujours été énergiquement refusée par le gouvernement Bush.

Le gouvernement américain a annoncé son intention d'"interjeter appel en urgence" mardi soir.


Se disant "très préoccupée et en profond désaccord", la Maison Blanche a estimé dans un communiqué que cette décision "pourrait être utilisée comme un précédent pour les autres détenus de Guantanamo". Elle n'a pas hésité à citer parmi les bénéficiaires, "des ennemis jurés des Etats-Unis soupçonnés d'avoir organisé les attentats du 11-Septembre et qui pourraient être relâchés sur notre territoire".

Concrètement, le juge Ricardo Urbina de Washington a ordonné que les 17 Ouïgours lui soient physiquement présentés lors d'une audience vendredi pour les remettre officiellement aux familles de cette communauté habitant la capitale fédérale.

Une autre audience sera organisée le 16 octobre pour décider des conditions dans lesquelles ces hommes pourront résider aux Etats-Unis (régime judiciaire, immigration).

Il s'agit d'une "étape importante", a réagi l'organisation de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch. "La situation des Ouïgours est un rappel cru du bourbier judiciaire et moral que représente Guantanamo", a estimé de son côté l'Association de défense des libertés civiles (Aclu).

"Tous les autres détenus devraient être inculpés et jugés ou immédiatement relâchés", a ajouté l'organisation de défense des droits de l'Homme Amnesty International.

"C'est un message au gouvernement chinois qui les traite comme des terroristes et essayent de les faire rapatrier, que le gouvernement américain se rende compte qu'il n'en est rien et refuse de les renvoyer", a commenté de son côté Nury Turkil, de l'Association américaine des Ouïgours.

Le casse-tête chinois des détenus Ouïgours, minorité turcophone et musulmane, a commencé en 2004, lorsque le gouvernement américain a admis qu'ils ne constituaient pas un danger et devaient être renvoyés dans leur pays, comme des dizaines d'autres détenus l'ont été.

Sauf que ces Ouïgours sont, l'administration Bush le reconnaît, persécutés par Pékin, et Washington refuse de les renvoyer. Ils restent donc détenus à Guantanamo.

En 2006, l'Albanie a accepté d'accueillir cinq détenus mais aucun autre pays n'a pris le risque de mécontenter le gouvernement chinois en leur donnant asile.

Le 30 septembre, le gouvernement a achevé de blanchir la totalité des 17 Ouïgours encore détenus de l'accusation de "combattant ennemi" qui justifie leur détention à Guantanamo, sans charge ni procès.


Mardi, ces hommes demandaient leur libération temporaire sur le sol américain, le temps qu'un pays tiers accepte de les accueillir.

L'administration Bush avait prévu de les maintenir dans des "logements spéciaux" du centre de détention. Pour elle en outre, un juge "ne dispose pas du pouvoir de relâcher (des détenus) à l'intérieur des frontières des Etats-Unis", privilège qui revient à l'exécutif.

Cet ordre du juge Urbina pourrait avoir des conséquences plus larges puisque les quelque 250 hommes toujours emprisonnés à Guantanamo ont tous engagé des recours pour contester leur détention (Habeas Corpus).

D'autres détenus, des Lybiens et des Algériens menacés dans leur pays d'origine, ont également perdu leur statut de "combattant ennemi" et restent enfermés.

Publié le: 07/10/2008 à 22:50:42 GMT Source : AFP
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