Espagne: visite, critiquée par Rabat, de Juan Carlos à Ceuta et Melilla
MADRID (AFP) - Madrid a confirmé vendredi une visite du roi Juan Carlos dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, au nord du Maroc, provoquant une crise avec Rabat, qui revendique ces territoires et a rappelé son ambassadeur.
La maison royale a annoncé que ce voyage sans précédent, vivement contesté par les autorités marocaines, débuterait lundi à Ceuta et se poursuivrait mardi à Melilla. Il s'agit de la première visite officielle du roi dans ces deux enclaves depuis son accession au trône en 1975.
Le gouvernement marocain a annoncé vendredi après-midi le rappel pour "consultation et pour une durée indéterminée" de son ambassadeur à Madrid, Omar Azziman, à la demande du roi Mohammed VI, en raison de cette "regrettable visite" dans des villes "occupées".
Rabat avait manifesté dès jeudi son "vif rejet et sa nette réprobation" d'une visite effectuée, selon lui, dans "des villes marocaines spoliées".
Le Maroc a toujours considéré comme partie intégrante de son territoire national Ceuta et Melilla, enclaves de la côté méditerranéenne sur lesquelles l'Espagne exerce sa souveraineté depuis le 16e siècle.
La vice-présidente du gouvernement espagnol Maria Teresa Fernandez de la Vega a rappelé vendredi les "extraordinaires et excellentes relations" entre deux pays "alliés et amis", s'efforçant de désamorcer une crise prévisible sur cette question délicate.
Il s'agit d'une visite normale et "institutionnelle", a-t-elle souligné, un point de vue approuvé unanimement en Espagne par les médias et la classe politique, pour qui les deux enclaves sont bien espagnoles.
C'est une "visite pertinente", qui met fin à "32 ans d'anomalie", écrivait notamment dans un éditorial le quotidien El Pais (centre-gauche), ajoutant que le gouvernement ne redoutait pas une "crise diplomatique sérieuse" avec le Maroc.
Un voyage similaire dans les enclaves effectuée en février 2006 par le chef du gouvernement espagnol José Luis Rodriguez Zapatero avait déjà provoqué la colère de Rabat, sans empêcher toutefois un renforcement des liens entre les deux pays.
Madrid s'est notamment rapproché de Rabat sur le dossier épineux du Sahara occidental et qualifie de "très bonne" la concertation entre les deux capitales sur ce sujet, tout comme la coopération dans les domaines de la lutte contre le terrorisme et l'immigration clandestine.
Et une rencontre cette semaine à Marrakech entre le ministre espagnol des Affaires étrangères Miguel Angel Moratinos et son homologue marocain Taieb Fassi-Fihri a permis de constater l'évolution "satisfaisante" des relations entre les deux pays.
Madrid espère par ailleurs que la récente décision du juge espagnol Baltazar Garzon d'ouvrir une enquête pour déterminer si le Maroc est responsable d'actes de "génocide et de tortures" au Sahara occidental entre 1976 et 1987 n'affectera pas les liens bilatéraux.
Reste que la visite prévue du roi a relancé les controverses sur les différends territoriaux entre les deux pays, marqués en 2002 par la crise qui avait suivi "l'invasion" marocaine de l'îlot Perejil au large de Ceuta.
D'autant plus que les médias, partis politiques et opinions publiques des deux pays ont des positions opposées très tranchées sur Ceuta et Melilla. Tous les journaux espagnols approuvaient notamment vendredi la visite du roi dans ces "territoires espagnols".
Le gouvernement de la ville autonome de Melilla, où la visite de Juan Carlos est préparée dans l'enthousiasme, a de son côté qualifié la réaction de Rabat "d'ingérence" dans les affaires intérieures espagnoles.