| Dialogue sur le Zimbabwe: la douce et fragile revanche du médiateur Mbeki |
| JOHANNESBURG (AFP) - L'accord pouvoir-opposition sur un dialogue politique au Zimbabwe a redonné un rare crédit au médiateur sud-africain Thabo Mbeki tant critiqué pour sa diplomatie jugée stérile, un crédit toutefois fragile et suspendu au succès des pourparlers. |
En tant que voisin puissant, puis médiateur mandaté par l'Afrique australe, le président sud-africain a été vilipendé, en son pays comme en Occident, pour n'avoir su enrayer la dérive autoritaire du régime de Robert Mugabe, marquée en 2002 comme en juin 2008 par des réélections contestées et violentes.
Mais à dix mois de son départ, le chef de l'Etat depuis 1999 -il succéda à Nelson Mandela- pourrait rétablir pour de bon son prestige par un règlement négocié au Zimbabwe, estiment les analystes.
"Il tient là une occasion de sauver quelque chose, de se défaire de l'image d'une présidence finissante en flammes", estime Richard Cornwell, analyste à l'Institut des études de sécurité de Pretoria.
"Il va chercher une forme de justification de sa +diplomatie discrète+, qui a été tant été critiquée par tous".
Souriant et détendu, assis entre les deux rivaux, M. Mbeki a semblé savourer lundi la signature du protocole d'accord à Harare entre le président Mugabe et le chef de l'opposition Morgan Tsvangirai qui il y a quelques semaines encore le récusait, l'accusant de partialité pro-Mugabe, et exigeait une médiation élargie.
Et il a sans doute pensé à la sortie récente de l'ambassadeur américain à l'ONU Zalmay Khalilzad qui, après le rejet au Conseil de sécurité d'un projet de sanctions contre Harare, accusa le médiateur de "protéger" M. Mugabe et d'être "déconnecté des sentiments dans son propre pays".
Cette charge tient peut-être toujours pour le gouvernant Mbeki, qui a vu un plongeon à 32% des opinions favorables en juin selon un sondage, contre 37% en avril et 66% il y a trois ans. Mais le diplomate et médiateur Mbeki a regagné des points, par exemple dans une presse qui ravalait ses mots mardi.
"Rendons à Mbeki ce qui lui revient: il a réussi un petit miracle", écrivait The Times dans un éditorial, ajoutant que l'accord d'Harare "lui a finalement apporté son moment de gloire".
"Le crédit doit aller au président Mbeki qui a enduré des critiques cinglantes sur son approche diplomatique tout en douceur", appuyait The Star. "Aujourd'hui, cela a l'air de payer".
"Le fait que les deux parties aient signé un protocole d'accord est une réalisation majeure", estimait Aubrey Matshiqi, analyste politique. Mais, s'interroge-t-il, "Mbeki doit-il être condamné à chaque revers du processus ou encensé à chaque percée ?"
Car l'échéancier de deux semaines fixé pour les pourparlers zimbabwéens, estime M. Cornwell, doit beaucoup à la tenue en août en Afrique du Sud du sommet annuel de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC), à laquelle le médiateur "voudra attester de progrès". Pas forcément d'un règlement final.
M. Mbeki est aujourd'hui en meilleure posture que depuis longtemps, assure M. Matshiqi. "Mais d'ici la fin de son mandat dans moins d'un an, bien des choses peuvent mal tourner au Zimbabwe", rappelle-t-il. "Il joue contre la montre pour prouver qu'il peut réaliser davantage de percées d'ici là".
Car pour M. Mbeki l'éternel afro-optimiste, qui a tout perdu en politique intérieure -par sa défaite fin 2007 face à Jacob Zuma dans la course à la présidence du Congrès national africain (ANC)- la médiation au Zimbabwe est aussi la dernière chance d'enrichir un héritage africain, dans la lignée de ses succès en République démocratique du Congo (RDC), au Burundi, ou à la naissance de l'Union africaine (2002).
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| Publié le: 22/07/2008 à 16:20:03 GMT |
Source : AFP |
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