| Deux ex-journalistes iraniens ouvrent un café pour leurs confrères |
| TEHERAN (AFP) - Au petit café "Titre" de Téhéran, les journalistes peuvent refaire le monde en savourant un café préparé par un couple d'ex-confrères, lassés par une profession qu'ils jugent en péril. |
"Nous avons travaillé tous deux comme journalistes dans des quotidiens nationaux, sites internet et agences de presse pendant neuf ans, et après tout ce temps nous sommes arrivés à la conclusion que le journalisme est une profession précaire ici", explique Beeta Salehi Bakhtiari, 31 ans.
Avec son mari, Behnam Qolipour, 30 ans, ils ont ouvert leur petit café il y a quinze jours dans une ruelle derrière le principal marché aux livres de la capitale, près de l'Université.
Ils s'avouent tous deux fatigués de travailler dans une "atmosphère qui n'est pas suffisamment professionnelle".
Faute de pouvoir la pallier, ils ont préféré l'abandonner, pour mieux "attirer ici des journalistes venant d'autant de courants sociaux et politiques que possible".
L'unique décoration de l'endroit est le portrait en noir et blanc du Dr. Kazam Motamednejad, qui enseigne toujours le journalisme à l'université toute proche, et que tous considèrent comme le père spirituel de la profession.
"Chez nous les journaux sont tenus par des gens qui ne connaissent pas le b a ba du journalisme, et qui n'ont obtenu leur autorisation d'édition que pour leur servir de passerelle afin d'accéder à des fonctions plus importantes", assure Mme Bakhtiari.
"Ils traitent les journalistes sans aucun respect, et ceux- ci peuvent être renvoyés sans aucune explication", affirme-t-elle, tout en découpant une tranche de gâteau au fromage pour un client qui est aussi un ancien collègue.
La clientèle du café lui permet "de ne pas être coupée d'un métier que nous aimons", explique-t-elle, dans l'habit traditionnel des femmes de la république islamique, avec un manteau dissimulant ses formes et un foulard ses cheveux.
L'ex-journaliste dément que sa décision d'ouvrir Titre, soit liée à l'arrivée au pouvoir en août dernier du président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad.
Sous le mandat de son prédécesseur "réformateur" Mohammad Khatami, de nombreux journaux ont été fermés et des journalistes emprisonnés, à l'instigation du pouvoir judiciaire, extrêmement conservateur.
Ceci étant, depuis janvier 2006 le ministère de la Culture et de la guidance islamique, qui a autorité sur la presse, s'est fait répressif.
Le quotidien économique Asia daily a reçu du ministère l'ordre de suspendre sa publication, "pour des motifs politiques", selon son directeur Iraj Jamshidi.
C'est la première fois qu'un quotidien était soumis à une mesure de cet ordre depuis l'élection de M. Ahmadinejad.
Ensuite la justice a arrêté quatre journalistes et fermé l'hebdomadaire local pour lequel ils travaillaient dans la province de Hormozgan (sud).
En février, le journaliste réformateur Elias Hazrati a été condamné à 18 mois de prison avec sursis par un tribunal de Téhéran pour "propagande contre le régime".
En mars enfin, l'hebdomadaire "Navid Azerbaïdjan", publié dans les régions à majorité azérie, a été interdit pour "ethno-centrisme et action contre la sécurité nationale".
Pour sa part Mme Bakhtiari offre à sa clientèle tout l'éventail de la presse quotidienne, qui compte plus de quarante titres, réformateurs, conservateurs ou sans opinion précise.
Et pour l'accompagner elle a conçu une série de menus inspirés de son ancienne passion, comme le café journal ou le milk-shake titre.
Elle assure ne pas craindre de fermeture des autorités pour une raison très simple, exposée avec un sourire complice: "les discussions politiques sont interdites à l'intérieur".
Et pour attirer les membres de la profession elle "offre une réduction de 15% aux journalistes".
|
| Publié le: 22/03/2006 à 09:50:12 GMT |
Source : AFP |
|
|