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"Cosi fan tutte" par le réalisateur Kiarostami: quand le cinéma s'invite dans l'opéra
Répétition de l'opéra "Cosi fan tutte" de Mozart mis en scène par Abbas Kiarostami, le 1er juillet 2008 à Aix-en-Provence (© AFP - Boris Horvat)
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AIX-EN-PROVENCE (AFP) - Le réalisateur iranien Abbas Kiarostami qui s'essayait vendredi soir pour la première fois à l'opéra a signé au festival d'art lyrique d'Aix-en-Provence, un "Cosi fan tutte" de Mozart tout en classicisme, avec cependant quelques échos discrets à son cinéma.
L'opéra débute dans un café. Il n'a pas été reproduit sur la scène mais a été filmé par Kiarostami en noir et blanc et projeté sur un écran géant qui sert de toile de fond à la scène.

Alors que Guglielmo (Edwin Crossley-Mercer, baryton) et Ferrando (Pavol Breslik, ténor) devisent avec Don Alfsonso (William Shimell, baryton-basse) de l'infidélité des femmes, les consommateurs du café, sur écran, les suivent du regard, semblant participer à la scène qui se joue devant eux.

L'auteur du "Goût de la cerise", Palme d'or à Cannes en 1996, a ainsi choisi la mise en abîme, renvoyant les spectateurs installés dans la cour de l'ancien Archevêché d'Aix pour assister à la représentation, aux figurants de cinéma présents sur écran derrière la scène.

Alors que l'intrigue se noue - Guglielmo et Ferrando parient avec Don Alfonso que leurs fiancées respectives, Fiordiligi (Sofia Soloviy, soprano) et Dorabella (Janja Vuletic, mezzo-soprano), ne peuvent les tromper - le réalisateur choisit d'emmener les spectateurs dans la baie de Cassis.

Sur l'écran géant, une succession de plans fixes, rappelant le caractère contemplatif et dépouillé du cinéma de Kiarostami: la mer, l'immense falaise qui borde la baie et dont les pierres changent de couleur au fil du jour, les nuages qui traversent le ciel.

Le jeu de scène des chanteurs, tout comme les costumes, se révèle quant à lui très conforme à la tradition.

Et si le réalisateur a confié dans certaines interviews avoir essayé de s'écarter de la légèreté d'un thème proche du vaudeville pour chercher l'universel, le spectacle reste conforme à son étiquette d'"opera buffa", notamment au travers du personnage de la servante, Despina, magnifiquement interprété par Judith Van Wanroij.

Côté chanteurs, justement, Pavol Breslik s'est lui-aussi montré excellent alors qu'il remplaçait au pied levé Finnur Bjarnason, souffrant, qui avait dû annuler sa participation dans l'après-midi de vendredi.

A la fin du deuxième et dernier acte, Kiarostami reprend le jeu qu'il avait instauré au début du spectacle en imbriquant le filmé et le scénique. Sur l'écran, un orchestre joue la partition qu'est en train d'exécuter le véritable orchestre, dans la fosse, sous la baguette de Christophe Rousset.

Guglielmo et Ferrando apparaissent même sur l'écran, déambulent au milieu des musiciens pour réapparaître côté cour, cette fois-ci, en chair et en os, pour le finale.

Les spectateurs de cette 60e édition du festival ont été séduits par le coup d'essai du cinéaste engagé sur un sentier artistique qui n'était pas le sien. Plusieurs longues minutes d'applaudissement sont venues saluer vers 01H30 sa mise en scène ainsi qu'une exécution musicale inspirée de la rigueur du baroque, univers dans lequel Rousset a effectué la majeure partie de sa carrière.

Publié le: 05/07/2008 à 07:08:26 GMT Source : AFP
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