| Comment faire dire des choses imprononçables à son bébé polonais? |
| VARSOVIE (AFP) - Comment faire dire à son bébé des choses imprononçables à son âge, comment mieux communiquer avec lui, et avancer plus vite? Des linguistes polonais prônent le recours à la langue des signes utilisée par les sourds et les muets. |
"Przepraszam" (excuse-moi), "sprzatamy" (on range) ou "kurczaczek" (poussin), sont des mots bien pratiques dès le début de la vie mais impossibles à prononcer pour un bébé de 12 mois, même s'il est né Polonais.
"Le bébé n'est pas prêt à parler. Pour bien y arriver, il lui faut les dents, ainsi que les muscles et les cordes vocales suffisamment mûres. En revanche, il a les mains qui sont capables de faire des gestes", explique à l'AFP Danuta Mikulska, 31 ans, une linguiste spécialisée dans la langue des signes.
A 9 mois, Mateusz sait déjà quelques signes: téter, ballon, musique, lumière... "Il en comprend une vingtaine autres", assure Agnieszka Nec, sa maman de 25 ans.
Adam, 8 mois, se sert aussi de ses mains quand il a envie de quelque chose. "C'est avec un geste qu'il me signale parfois qu'il veut une chanson ou une berceuse quand il va se coucher", dit sa mère, Karolina Olszewska, journaliste.
En compagnie de huit autres bébés et de leurs mamans, qui n'ont tous aucun problème d'ouïe, Mateusz et Adam ont suivi un cours de langue des signes au Klub Koko à Varsovie, fondé par trois femmes scientifiques et artistes: Danuta Mikulska, sa soeur et sa belle-soeur.
Pendant une série de rencontres d'une heure, l'animatrice entraîne les enfants et leurs mamans dans un monde de jeux éducatifs revus pour l'occasion: des chants, des poèmes et des exercices pendant lesquels la parole est systématiquement renforcée par des gestes de la main. Les gestes ne tiennent jamais au hasard, ce sont ceux de la langue des signes utilisée par les sourds et les muets.
Selon les fondatrices du Klub Koko, la méthode renforce le contact entre l'enfant et ses parents, stimule le développement intellectuel et les capacités manuelles du bébé, enrichit son imagination, renforce sa mémoire et ses capacités de concentration. Elle lui permet aussi de se mettre à parler, à lire, à écrire et à compter plus vite.
"Quand il aura déjà appris que le signe 'maison' signifie 'la maison', son travail conceptuel est fait. Quand il sera suffisamment mûr pour se mettre à parler il n'aura plus besoin de refaire ce travail dans sa tête", explique Mme Mikulska.
Depuis 2005, elle travaille sur l'exploitation de la langue des signes dans la communication avec les enfants non-sourds. Elle en fait sa thèse de doctorat à l'Université de Varsovie.
Mme Mikulska fait aussi partie d'un groupe d'experts qui militent pour que la langue des signes soit officiellement reconnue en Pologne comme celle d'une minorité linguistique, comme c'est déjà le cas dans plusieurs pays. En Autriche, elle est même inscrite dans la Constitution.
"Notre activité sert aussi à promouvoir la langue des signes en Pologne et à sensibiliser les gens à la réalité des gens atteints de surdité. Il s'agira peut-être de futurs interprètes de la langue des signes", dit Mme Mikulska.
Agnieszka Nec a déjà attrapé le virus: "Mateusz a appris des choses mais moi aussi j'ai trouvé une place pour moi dans la vie. Je compte continuer à apprendre la langue des signes", dit-elle.
A 8 mois, le petit Adam a certes encore du mal à reproduire les signes "comme il faut".
"Mais quand il invente son propre geste je me dis que c'est déjà son apport personnel dans la langue des signes", sourit Karolina Olszewska.
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| Publié le: 14/05/2008 à 16:36:20 GMT |
Source : AFP |
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