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"PA-RA-DA" : un clown qui sauve des orphelins roumains fait pleurer la Mostra
L'acteur français Miloud Oukili présentant "Pa-ra-da" à la 65e Mostra, à Venise le 28 août 2008. (© AFP - Damien Meyer)
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VENISE (Italie) (AFP) - Sauver les orphelins roumains de la rue grâce à un nez de clown ? C'est l'exploit accompli depuis quinze ans par Miloud Oukili, raconté dans "PA-RA-DA", un film bouleversant tourné par Marco Pontecorvo et chaleureusement accueilli à la 65e Mostra, où il est montré hors compétition.
Des enfants qui font une pyramide humaine avant la projection, une ovation de douze minutes dans une salle comble à la fin, des spectateurs au bord des larmes à qui l'on jette des nez rouges en souvenir : "PA-RA-DA", une modeste co-production (France-Roumanie-Italie) n'est pas passée inaperçue à Venise.

Film inaugural de la section Orizzonti (Horizons) dédiée aux oeuvres novatrices du festival, "PA-RA-DA" relate l'histoire véridique d'un jeune garçon franco-algérien, Miloud Oukili, magnifiquement joué par Jalil Lespert.


En 1992 Miloud, alors élève au lycée auto-géré de Paris, s'enthousiasme pour la Roumanie post-communiste : après avoir suivi, trois ans plus tôt à la TV, la chute du régime de Nicolae Ceausescu, il part sur un coup de tête à Bucarest.

A peine arrivé à la gare, Miloud découvre des hordes d'enfants dépenaillés qui sniffent de la colle dans des sacs en plastique, et supplient des voyageurs indifférents de leur donner une pièce.

Choqué, Miloud qui ne parle pas roumain, tente d'établir le dialogue en sortant de sa poche un nez rouge de clown, et en esquissant une pantomime.

La lueur aperçue dans les yeux éteints d'un petit rouquin dénommé Cristi suffit alors pour que Miloud s'attache corps et âme à ces orphelins abandonnés.

Faibles parmi les faibles dans un pays en proie à de brutales mutations économiques, ils vivent dans la rue et sont victimes de tous les abus, frappés, violés, kidnappés ou quelquefois froidement assassinés.

Miloud hante alors les sous-sols, les terrains vagues et les halls de gares, et devient un travailleur humanitaire d'un genre spécial: pour tirer ces enfants de la rue, il prépare avec eux un spectacle de clowns.

Ce premier film de Marco Pontecorvo prend aux tripes en montrant, sans une once de sentimentalisme ou de misérabilisme, les brutalités subies par ces enfants parfois très jeunes, et leur vie quasi animale.

Si ces images sont dures, "PA-RA-DA" est aussi plein de vie, illuminé par la radieuse énergie de Jalil Lespert, totalement investi dans ce rôle de généreux rebelle, et par la force de l'interprétation des enfants, qui jouent dans le film et vécurent autrefois dans la rue.

Fier du film qu'il a inspiré, Miloud Oukili, venu à Venise grimé en clown, parle volontiers de la fondation PARADA qu'il a créée et qui emploie aujourd'hui une centaine de personnes : en Roumanie, mais aussi en Italie et en France, où elle se bat pour la scolarisation des enfants tziganes.


Parmi les 2.300 enfants aidés par cette structure, beaucoup sont sortis de la rue. Certains sont devenus des clowns, l'une est même avocate.

"Ils m'ont suivi parce que j'étais le fou, le magicien, que je crachais du feu", explique Miloud Oukili, aujourd'hui âgé de 36 ans, à l'AFP.

"Je suis arrivé avec une valise pour 45 jours, et j'ai mis quinze ans à rentrer !", conclut-il avec un large sourire, amplifié par son maquillage rouge et blanc.

Chef opérateur de renom, Marco Pontecorvo est aussi le fils du grand réalisateur italien Gillo Pontecorvo (1919-2006) auteur de "Queimada" (1969) un vibrant plaidoyer contre le colonialisme avec Marlon Brando, ou encore "La bataille d'Alger" (1965), souvent vu comme le meilleur film sur la guerre d'Algérie.

Publié le: 30/08/2008 à 14:41:54 GMT Source : AFP
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