| Les chirurgiens libéraux en grève pour "sauver" leur liberté tarifaire |
| PARIS (AFP) - Des chirurgiens libéraux mènent depuis lundi une grève des opérations non urgentes pour dénoncer la menace qui pèse selon eux sur les dépassements d'honoraires, une pratique dont les abus sont de plus en plus montrés du doigt mais qu'ils jugent vitale pour leur discipline. |
Alors le que Parlement doit examiner d'ici fin 2008 une réforme de la santé et le budget de la Sécu, les chirurgiens disent vouloir alerter l'opinion des risques que court leur spécialité et donc la qualité des soins. Mais les effets du mouvement, prévu jusqu'au 19 octobre, sont limités pour les patients.
Cette grève ne concerne pas les soins urgents et ceux intervenant à la suite de précédentes opérations. Et elle touche essentiellement les cliniques, la chirurgie dans les hôpitaux ne se faisant pas, sauf exceptions, en libéral.
Selon le ministère de la Santé, il y a "très peu de grévistes dans les cliniques et aucun dans les hôpitaux", ce que réfute l'Union des chirurgiens de France (UCDF), à l'origine de l'appel et qui revendique quelque 2.500 adhérents (sur environ 7.000 chirurgiens libéraux).
"Aucun bloc opératoire n'est fermé et il y a de l'activité partout, bien entendu, mais de nombreux chirurgiens ont reporté une partie, plus ou moins importante, de leur activité", a estimé son président Philippe Cuq.
Au-delà de la querelle de chiffres, ce mouvement témoigne d'un sentiment de déclin dans la profession. "Le métier n'attire plus et dans cinq ans, les Français devront se mettre sur des listes d'attente pour être opérés", prédit M. Cuq.
Les chirurgiens pointent des charges en hausse et "des tarifs d'actes qui n'ont pas bougé depuis 1981". "A chaque opération de chirurgie lourde, nous perdons entre 30 et 50 euros de l'heure", a affirmé Didier Legeais (UCDF).
Selon ces syndicats, les dépassements d'honoraires pratiqués par 80% des chirurgiens libéraux sont leur seule possibilité d'avoir des revenus satisfaisants.
Mais ni le projet de loi "Hôpital, Patients, Santé, Territoires" ni le budget 2009 de la Sécurité sociale (PLFSS) ne prévoient de supprimer le "secteur 2", qui autorise des dépassements au-delà des tarifs de l'assurance maladie.
Ce qui fait dire à la ministre de la Santé Roselyne Bachelot que "cette grève a été lancée pour un motif qui n'existe pas".
Les chirurgiens craignent toutefois que les parlementaires n'amendent ces textes. Les dépassements, en forte hausse ces dernières années, sont en effet de plus en plus critiqués. Non remboursés par l'assurance maladie, ils ne le sont que de manière inégale par les complémentaires santé --dont ne disposent pas 7% de Français.
Pour les maîtriser, Nicolas Sarkozy a pressé l'assurance maladie et les syndicats de médecins de négocier d'ici fin 2008 un nouveau système d'honoraires, le "secteur optionnel", notamment pour les chirurgiens.
Ceux qui le choisiraient pratiqueraient des dépassements limités à une partie de leur activité, en échange de "certains avantages sociaux".
"C'est une bonne solution", a plaidé Jean-François Rey, président de la branche spécialistes de la CSMF, principal syndicat de libéraux. "En cette période de récession, les chirurgiens, qui ne sont quand même pas en train de se paupériser, auraient tort de demander trop".
"Les syndicats qui négocient avec l'assurance maladie ne nous représentent pas", affirme toutefois M. Cuq, qui craint que le secteur optionnel ne conduise finalement les complémentaires santé à "fixer les tarifs".
Celles-ci ont en effet obtenu de participer aux négociations avec la sécu sur ce secteur, dont le prochain round devrait avoir lieu le 23 octobre.
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| Publié le: 14/10/2008 à 15:40:00 GMT |
Source : AFP |
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