| Cannes 2004 : en attendant Wong Kar-wai |
| Suspense jeudi sur la Croisette où le cinéaste chinois Wong Kar-wai, avec les bobines manquantes de son nouveau film, "2046", en compétition pour la Palme d'or est arrivé juste avant les projections du soir. |
Outre ce film-mystère, le cinéma asiatique était à l'honneur en cette avant-dernière journée de compétition avec "Innocence" du Japonais Oshii Mamoru. Après "Shrek 2", c'est le deuxième dessin animé soumis cette année au jugement du jury présidé par Quentin Tarantino.
Même si l'univers futuriste de "Innocence" n'est pas aussi aisément accessible que l'humour jovial de "Shrek", sa présence à Cannes montre que l'animation a désormais ses entrées dans les grands festivals internationaux où il peut prétendre aux plus hautes distinctions. Ainsi, "Le voyage de Chihiro" de Hayao Miyazaki a été le premier film d'animation japonais à connaître la consécration internationale en décrochant coup sur coup l'Ours d'Or du Festival de Berlin (2002) et l'Oscar 2003 du meilleur film d'animation.
Wonk Kar-wai est réputé pour un perfectionnisme et une imprévisibilité qui, dans le passé, ont déjà retardé l'achèvement de ses films. "2046", dont le tournage a commencé en 1999, était déjà attendu l'an dernier à Cannes, puis à Venise. En 2000, "In the mood for love" avait été présenté la veille de la clôture du Festival de Cannes, alors qu'il n'était pas complètement terminé.
Dans le passé, la Croisette a déjà eu son lot de sueurs froides en proposant en compétition des oeuvres qui étaient à peine finies. Francis Ford Coppola était arrivé en 1979 avec trois versions d'"Apocalypse now". Roland Joffé avait présenté "Mission" en 1986 avec une bande-son pas encore mixée. Quant au "Goût de la cerise", de l'Iranien Abbas Kiarostami, en 1997, il était parvenu in extremis, dans une version de travail, par la valise diplomatique. Une précipitation qui n'est pas forcément un handicap puisque ces trois films ont raflé la Palme d'or.
Wong Kar-wai aurait-il agi par superstition ? L'explication est beaucoup plus prosaïque, à en croire Eric Heumann, un des coproducteurs français du film: "les bobines ont raté l'avion à Bangkok et elles arriveront juste deux heures avant la projection officielle", expliquait-il au Figaro. "Wonk Kar-wai n'a jamais fini un film. Il est comme ces peintres qui retouchent sans cesse leur toile. S'il n'y avait pas l'urgence de Cannes, il serait encore à sa table de montage", a dit le producteur.
Oshii Mamoru est aussi un perfectionniste. Avec "Innocence", tiré du manga de Shirow Masamune (budget: 18 millions de dollars), il a voulu tout à la fois dépasser les limites du cinéma traditionnel et celles du dessin d'animation, mélangeant effets spéciaux, images de synthèse, images en 2D et en 3D.
Née du manga, symbole de la culture de masse nippone, la "Japanimation" a ainsi fait grâce à lui sa première entrée à Cannes avec ce deuxième volet de "Ghost in the Shell" (1995) acclamé dans le monde entier et dont le scénario a fortement influencé la trilogie Matrix. Mamoru se défend de sacrifier à la technologie : "je veux travailler avec des dessinateurs qui se servent d'un crayon, le cinéma en trois dimensions ne m'intéresse pas". En cela il ne se place pas, dit-il, sur le même terrain que les nouveaux maitres de l'animation, tels les studios américains Dreamworks ou Pixar : "la force de l'animation japonaise, dit-il, c'est qu'elle repose sur une technique traditionnelle de l'écriture case par case".
AFP |
| Publié le: 21/05/2004 à 09:47:03 GMT |
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