| Dans les campagnes éthiopiennes, la famine menace à nouveau les enfants |
| ROPHI (AFP) - Blotti contre sa mère, Hirpo Amani, six ans, n'a plus qu'une faible lueur de vie dans les yeux: comme des milliers d'autres enfants, il risque de mourir de faim, victime de la sécheresse qui frappe une nouvelle fois l'Ethiopie. |
"Mon enfant est malade depuis deux semaines et il est sur le point de mourir", s'inquiète sa mère, Ayantu Itissa, habitante de Rophi, à 370 km au sud d'Addis Abeba, dans la région Oromo: "j'ai déjà perdu quatre enfants suite à une mystérieuse maladie", ajoute-t-elle.
Cette mystérieuse maladie s'appelle la famine: depuis plusieurs semaines, des région d'Ethiopie sont frappées par la sécheresse, après une saison des pluies insuffisante.
Cette sécheresse replonge les 80 millions d'Ethiopiens dans les sombres souvenirs des terribles famines des années 80 qui avaient fait des millions de morts, notamment à cause des déplacements forcés organisé par le régime de l'époque du colonel Mengistu Hailé Mariam.
Aujourd'hui, au moins 3,4 millions de personnes ont besoin d'une aide alimentaire et 6 millions d'enfants sont directement menacés, selon l'Unicef.
126.000 de ces enfants souffrent de malnutrition sévère et ont besoin d'un traitement thérapeutique urgent, a averti mardi l'organisation dans un communiqué.
Le long de la route reliant Addis-Abeba à Rophi, les conséquences de la sécheresse sont visibles: des carcasses d'animaux domestiques gisent au milieu de plantes désséchées par le manque d'eau.
"Ce genre de situation est quasi inconnu dans certaines de ces régions qui au contraire connaissent habituellement des surplus de production alimentaire", commente Abebe Megerssa, responsable du ministère éthiopien de la Santé: "nous sommes à la saison des moissons, mais le retard de pluies a affecté la région".
A Rophi, un petit campement de tentes où de l'aide est distribuée attire chaque jour plus de gens. Plus de 200 enfants aux côtés de leur mère, attendent les rations spéciales de l'Unicef. Il n'étaient que 42 enfants dans ces cinq tentes à l'ouverture du camp, le mois dernier.
"Nous manquons de médicaments et de personnel", indique le père Johannes Markos, des missionnaires de la Charité: "c'est une goutte d'eau dans l'océan. Il y a des enfants qui meurent dans les villages".
"La situation est très préoccupante, nous avons eu deux morts cette semaine. La situation sera bien pire si nous n'agissons pas", estime de son côté Albert Vinas, de Médecins sans frontières (MSF).
L'Unicef avait récemment salué l'Ethiopie pour ses efforts "exemplaires" visant à faire reculer la mortalité infantile, indiquant que ce pays pauvre de la Corne de l'Afrique avait fait baisser le taux de mortalité infantile de 40% entre 1990 et 2008.
"L'Ethiopie a connu d'importants succès dans la baisse de la mortalité infantile, mais ils vont être totalement anéantis par des événements comme cette sécheresse", explique à l'AFP Viviane Steirteghem, représentante adjointe du Programme alimentaire mondial de l'ONU (PAM) en Ethiopie.
Le PAM a indiqué de son côté avoir besoin de 147 millions de dollars (98 millions d'euros) pour acquérir 183.000 tonnes de nourriture destinées aux populations victimes de cette sécheresse.
"Il semble évident qu'il y a une compétition de demandes de fonds (avec les catastrophes en Chine et en Birmanie), mais il y a un grand besoin de financement en Ethiopie sur lequel il est difficile d'attirer l'attention", reconnait Lisetta Trebbi du PAM.
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| Publié le: 20/05/2008 à 16:55:41 GMT |
Source : AFP |
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