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Afrique du Sud: Desmond Tutu dénonce un pays sous la coupe d'un parti
Le prix Nobel de la Paix sud-africain, l'archevêque anglican du Cap Desmond Tutu au Cap, le 2 octobre 2008 (© AFP - Rodger Bosch)
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LE CAP (AFP) - L'ancien archevêque du Cap Desmond Tutu s'est élevé contre le régime d'apartheid, puis a oeuvré après 1994 à la réconciliation d'une Afrique du Sud déchirée. A 77 ans, il dénonce aujourd'hui les dérives d'une démocratie sous la coupe d'un parti ultramajoritaire.
Le Prix Nobel de la Paix 1984, qui fête mardi son anniversaire en compagnie de l'ex-président américain Jimmy Carter sur l'île divisée de Chypre, a estimé ce week-end que l'Afrique du Sud avait "vraiment besoin d'une opposition viable", capable de représenter une alternative au Congrès national africain (ANC).

"Nous n'avons rien de tel aujourd'hui et ce n'est probablement pas une bonne chose", a-t-il dit au Sunday Times, deux semaines après l'éviction du président Thabo Mbeki, renvoyé avant la fin de son mandat par l'ultramajoritaire ANC, parti éclectique issu de la lutte contre l'apartheid.

Son vieil ami et icône de la lutte contre la ségrégation, le premier président noir du pays Nelson Mandela, a été "blessé par certaines des choses qui se sont produites après qu'il eut quitté le pouvoir" en 1999, a-t-il précisé dans un entretien à l'AFP.

"Certains événements n'ont pas vraiment correspondu à ce que l'on s'était imaginé", a-t-il ajouté lors de cet entretien.

M. Mbeki avait succédé à Nelson Mandela. S'il a porté la première économie du continent sur la voie de la croissance, la masse des plus pauvres lui reproche de ne pas avoir fait assez pour redresser les injustices héritées de l'apartheid.

Quatorze ans après les premières élections multiraciales, 43% de la population vit toujours avec moins de deux dollars par jour, le chômage élevé frappe surtout les Noirs, d'énormes inégalités subsistent dans le système scolaire et l'appareil de santé publique s'est détérioré.

Mais l'ancien archevêque, souvent perçu comme la dernière des grandes voix morales du pays, dénonce aussi les dérapages de certains alliés de la nouvelle direction de l'ANC, menée depuis décembre par le populiste Jacob Zuma.

Ainsi, la Ligue de la Jeunesse de l'ANC, vivier de la prochaine génération politique, dont le président Julius Malema s'est récemment dit "prêt à prendre les armes et à tuer" pour M. Zuma.

"Ils ont des leaders très étranges à la Ligue de la Jeunesse", a lancé Mgr Tutu. "C'est affligeant quand on pense que cet organe a produit certains de nos dirigeants les plus nobles. J'espère qu'ils vont apprendre à utiliser un discours plus civique".

Le Prix Nobel de la Paix n'a jamais caché son scepticisme envers M. Zuma, impliqué dans une affaire de corruption qui remonte à 1999. Il avait déclaré en 2006 qu'il ne pourrait pas garder "la tête haute" si ce dernier prenait les rênes du pays.

Récemment, il s'était dit "très perturbé" par la décision de l'ANC de pousser le président Mbeki à la démission.


A tel point que Mgr Tutu a déclaré au Sunday Times qu'il ne voterait pas aux élections générales de 2009 si elles étaient organisées demain. "Je serais très malheureux de ne pas voter", a-t-il néanmoins ajouté.

Ses flèches, Mgr Tutu les décoche également contre ceux que les dirigeants sud-africains hésitent à épingler en public. En juin, il a ainsi comparé le président zimbabwéen Robert Mugabe, 84 ans dont 28 au pouvoir, à "une sorte de Frankenstein".

Son hyperactivité s'explique en partie par le sentiment d'être un survivant. Enfant, Desmond Tutu a survécu à la poliomyélite. Adolescent, il a passé 20 mois à l'hôpital. Plus récemment, il a souffert d'un cancer de la prostate. Aujourd'hui, il décrit sa vie comme "un bonus".

Alors, la retraite n'est pas vraiment d'actualité. "Je pensais, trois ans après ma retraite officielle, diminuer la voilure, mais ... non."

Publié le: 06/10/2008 à 12:42:41 GMT Source : AFP
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