60 000 Marocains au Canada : les nouveaux arrivants face à de nouvelles mesures
Estimée à plus de 60.000 personnes musulmanes ou juives, la diaspora marocaine du Canada est très active tant sur le plan de la politique, de l'économie que de la recherche.
Fatima Houda-Pépin est la première femme musulmane, marocaine élue députée au Canada en 1995.
Elle est actuellement députée de Lapinière à l'Assemblée nationale du Québec où elle est critique de l'opposition officielle pour les questions de Francophonie et de l'autoroute de l'information, un domaine où le Québec a beaucoup à apporter au Maroc et à la Francophonie internationale.
Une autre marocaine d'origine, Amina Zoubeidi, est présidente du regroupement des biologistes marocaines au Canada, membre du conseil d'administration de la fédération marocaine du Canada et chercheur au centre hospitalier universitaire Mc Gill. Le domaine de la recherche concerne le développement de cibles thérapeutiques pour le cancer de la prostate.
Plusieurs personnes d'origine marocaine ont fait leurs preuves au Canada en tant qu'entrepreneurs. D'autres ont percé, dans la fonction publique fédérale ou provinciale, dans l'enseignement et dans les professions libérales. En fait, la diaspora marocaine et le millier d'étudiants marocains inscrits chaque année dans des universités canadiennes renforcent les relations entre les deux pays.
Cependant, dans un contexte de mondialisation marqué par l'éclatement des frontières, le multiculturalisme et la disparité, les notions traditionnelles de citoyenneté et d'identité sont rudement mises à l'épreuve. Les repères usuels, notamment les sentiments d'appartenance, qu'il s'agisse de l'appartenance à une communauté donnée ou encore à un pays, subissent également les contrecoups de la nouvelle donne mondiale. Or, une interrogation sur la cohésion sociale peut offrir des voies de réponse aux multiples défis sociaux et politiques posés par cette fragmentation du tissu social au Canada. Le communautarisme est de plus en plus considéré par certains comme le creuset de la cohésion sociale et comme le nouveau moteur de l'intégration. Le problème se pose particulièrement en milieu urbain où multiculturalisme et disparités socio-économiques redéfinissent le quotidien. Et que l'on puisse encore parler des «nations autochtones» et de la communauté francophone en Amérique du nord témoigne du respect accordé à la diversité canadienne. Le fait que le pluralisme culturel s'inscrive dans une politique active d'intégration des minorités à cette mosaïque est beaucoup plus récent, bien qu'il se comprenne par cette histoire de l'immigration au Canada.
Le Canada continue ainsi à administrer l'un des systèmes les plus libéraux du monde avec près de 200.000 nouveaux arrivants par année, qui contribuent au multiculturalisme canadien. Toutefois, l'on constate aujourd'hui que d'importantes restrictions sont apportées à la politique d'immigration. Les réformes ont deux horizons : à l'interne, l'intégration d'immigrés de plus en plus diversifiés ; à la frontière, une sélection de plus en plus fine des différents profils socio-économiques de ces immigrés.
De plus en abordant le problème liant la pénurie de main- d'œuvre à l'immigration, le ministre fédéral de l'Immigration Denis Coderre estime que l'on doit forcer les nouveaux immigrants instruits à œuvrer de trois à cinq années à l'extérieur des grands centres urbains, à défaut de quoi, ils seraient déportés. Il s'agit de créer un nouveau permis de travail temporaire pour les futurs immigrants de la catégorie des travailleurs qualifiés, de façon à régler les problèmes chroniques de pénurie de main-d'œuvre spécialisée dans plusieurs régions du Canada.
Le permis de travail temporaire que le ministre fédéral de l'immigration a en tête respecte-t-il la charte des droits et des libertés? Par ailleurs, Coderre entend demander aux provinces de faire l'inventaire de leurs besoins en travailleurs qualifiés ou ouvriers spécialisés. Le ministre ontarien responsable de la citoyenneté, Carl Defaria, a pour sa part parlé d'une demande énorme de travailleurs pour sa province, et il entend presser Ottawa à ce chapitre afin que les procédures d'acceptation des candidats étrangers se fassent plus rapidement. Il faut au moins deux ans à un travailleur qualifié avant d'être accepté au Canada. Le premier ministre Jean Chrétien a donné l'assurance que des ressources financières seraient dégagées pour favoriser ce nouveau type d'intégration d'immigrants.
Ce plan Coderre serait-il un obstacle à l'intégration? Le premier aspect pourrait être justement cette question de ségrégations spatiales, géographiques .
Mais ce qui est certain, c'est qu'il existe une politique d'équité en matière d'emploi, très forte au Canada. Il y a une politique des droits de la personne et une commission canadienne des droits de la personne qui lutte de façon législative, mais aussi avec des sanctions contre la discrimination dans l'emploi. (Source: Le Matin)